A propos de l'auteur
Chef d’établissement de l'Éducation Nationale à la retraite, de formation philosophique, responsable communautaire en Val d’Oise, présidente d’un groupe autonome judéo-chrétien en Vallée de Montmorency, membre actif de France Israel. Conférencière à travers la France et interventions sur "judaïsme et laïcité" en établissements scolaires.

 

Les annonces officielles pavoisent en France sur le bilan 2016, des actes antisémites en baisse de 52 %. Faut-il s’en réjouir? Ce pourcentage spectaculaire fait-il véritablement sens ? Que signifient ces estimations, ainsi jetées hors contexte en pâture aux medias et au public.

 

La vie inter communautaire qui caractérise aujourd’hui le tissu national, a-t-elle repris un cours apaisé ? Les enfants juifs auraient ils retrouvé le chemin des établissements scolaires publics ?

 

En fait  il n’en n’est rien. Policiers et militaires préservent toujours les lieux dits « juifs », et les enfants de cette communauté sont pour une part significative, astreints à vivre leur scolarité en secteur privé !

 

La communauté juive totalement intégrée jusque là est déstabilisée en ses fondements, redoutant au moindre frémissement politico-médiatique, une source de violence nouvelles.

 

L’amélioration apparente est bien plus une « rétention » de violence qu’une résolution de cette haine destructrice. Les pouvoirs politiques ne semblent pas pouvoir faire plus. Ils ne peuvent au mieux, que protéger les plus fragiles, sans exciter les plus violents.

Les décisions politiques, en France, ne se prennent plus au Parlement, au cours de débats démocratiques, de prises de positions analytiques ou dans l’enceinte de partis politiques désignés et reconnus. Loin s’en faut. Que l’on s’attarde à la lecture de la presse ou à un balayage des programmes de télévision, une évidence se fait jour : le débat est dans la rue, il échappe aux adultes et aux responsables gestionnaires de la Cité.

Le débat abandonne la parole, la revendication, l’échange, au profit de l’acte. Actes imprévisibles, débridés, collectifs ou individuels ; actes qui concernent des sujets de plus en plus jeunes, de plus en plus incontrôlables.

Actes pour lesquels les adultes du monde politique, associatif ou médiatique tentent désespérément de trouver une « motivation », terme magique et rassurant. Si la motivation existe, l’acte est absous et l’adulte tranquillisé : tout s’explique, il comprend, il absout !

 

Mais il nous faut poser cette question :  comment une fraction de la jeunesse française en est-elle arrivée à ce niveau de sauvagerie, voire de barbarie, malgré le soin apporté à son éducation ? Quelle est cette idéologie de haine et d’où vient-elle ?

 

De tels comportements inédits jusque là, sont ils un simple accident, où le signe du naufrage des principes de civilisation que l’école de la République est censée enseigner? La jeunesse d’une nation est le ciment du devenir collectif, du projet de société commun. Elle se forge institutionnellement, à l’école.

 

Comment l’école de France peut-elle déverser sur la nation une telle horde de barbares, sans la moindre volonté d’adhésion à un partage des valeurs communes ?

 

Pour avoir une vision objective de la chose, le recul du temps aidant, on ne peut faire l’économie d’une analyse de la «  maison » Education Nationale.

 

Archéologie de la situation

En 1974, le collège du ministre Haby est devenu unique. Au nom de l’égalité des chances tous les enfants ont par tranche d’âge un enseignement non différencié. Dans le même temps la loi du « rapprochement des familles » du Président Giscard déverse dans ces mêmes collèges devenus uniques et ingérables, des cohortes d’enfants dits « primo-arrivants »  ne maitrisant ni la langue ni la culture.

 

Par souci identitaire, ces anciens « colonisés » ont droit selon le programme LCO  (Langue et culture d’Origine) à un enseignement obligatoire de la langue d’origine aux enfants déplacés. Par manque d’enseignants d’arabe, va se construire à l’éducation nationale le terreau de l’extrémisme. La France démunie d’enseignants reçoit sans contrôle de curieux professeurs barbus, austères, aux tenues exotiques inhabituelles dans nos contrées. Wahhâbites pour la plupart, venus tous droits de pays lointains. Ils ont diffusé une langue coranique salafiste unique, effaçant les dialectes et modes religieux d’origine et uniformisant la religion de l’Islam de France. Le projet d’inclusion culturelle devenu depuis la théorie du « grand remplacement » est à son point de départ.

 

Voilà comment nous avons en France, islamisé, Wahhâbisé, unilatéralement nos jeunes de banlieue. La République en son immense bon vouloir, s’est allègrement marché sur les pieds.

 

Le milieu ambiant se prête à cette évolution : en 78 Khomeiny prépare à Neauphle le château sa révolution islamique, chiite celle là ! Par son souci de respect des minorités, la France se fait involontairement le terreau du conflit majeur qui se joue aujourd’hui, au Proche-Orient et dans le monde !

 

Faut-il  s’étonner, de l’apparition au collège de Creil des premiers foulards islamistes ? Refusés par le Principal du collège, le Ministre Jospin interdit le renvoi des élèves, contre la volonté des chefs d’établissements. Il est soutenu par le Mrap de Mouloud Aounit. Par l’école, le  communautarisme fait son entrée.

 

L’ambiance dans les établissements est sulfureuse. Les élèves juifs harcelés, violentés,  commencent leur exode vers les écoles juives. L’enseignement de la Shoah, le cours de biologie ou de piscine, sont des calvaires et des opérations dangereuses pour les enseignants qui s’y risquent.

 

La décade se passe en colloques, manifestations, commissions, refus, tentatives inutiles de concertations ; l’Education Nationale rend les armes et abandonne l’Enseignement Public  de Jules Ferry, pour se faire le lieu de tous les excès, de tous les refus, de tous les échecs.

 

L’école est hélas le réceptacle de cette débâcle humaine, morale, éducative. Certains jeunes enseignants acceptent enfin de parler. C’est le superbe travail de l’équipe réunie par l’historien Georges Bensoussan inventeur du terme en 2002,  « Les territoires perdus de la République ».Travail d’enquête totalement boudé par les médias et les systèmes de communication.

 

La 2ème Intifada est l’occasion de manifestations effrayantes. On y hurle « mort aux juifs » en arabe. Mr Vaillant Ministre de l’intérieur n’y voit en rien une montée de l’antisémitisme.

 

Rappelons pourtant les morts atroces du jeune DG Sellam dès 2002, d’Ilan Halimi en  2006, de la petite Monsenego âgée de 8 ans et des petits Sandler (3 et 6ans) en 2012  pour ne citer que les « victimes-enfants ».

 

Le rapport Obin en 2005, fouillé et précis fait un état des lieux étourdissant. Rapport bien vite enterré ainsi que son auteur par le nouveau Ministre de l’Education qui n’aime pas que l’on sème la « discorde ».

 

Les combats pour rétablir la vérité, couper court aux excès de haine se font difficiles. Nulle écoute, nul retour auprès des autorités.

 

Où en sommes-nous aujourd’hui ?

En banlieue, et pour une grande partie d’entre eux, les élèves juifs ont quitté l’Education Nationale. La politique a fait place à la violence individuelle, à la délinquance et à la voyoucratie. Le corps enseignant est désabusé, fracturé.

 

Les concours de recrutement de professeurs sont boudés et ne trouvent pas preneurs en dépit de la pénurie d’emploi et de la pseudo sécurité qu’offre la Fonction publique.

 

Les uns luttent pour le maintien de transmission d’un tronc commun de connaissances égalitaire et respectueux du public reçu, d’autres adoptent au nom des droits de l’homme un mode idéologisé de communication auprès d’un public malléable à l’envie.

 

Deux illustrations: un cours sur le sionisme en classe de terminale en région parisienne, présenté aux élèves à partir d’un Youtube ordurier de l’amuseur « chaud ananas ».

Ou, dans une autre classe des quartiers bohèmes de Paris : « évaluez l’efficacité des méthodes d’extermination des nazis a partir du temps mis à mourir des déportés avec l’apport calorique qui leur est  offert » !

 

On croit rêver. On est pourtant à Paris en 2016 !

 

En France, ce qui est né hier à pas feutrés dans les cours de récréation, se répand aujourd’hui à l’ensemble de la société civile. La cause palestinienne – entendre les « Juifs » – est établie en minimum convenu et entendu de tous les combats politiques, médiatiques, sociaux: la variable mobilisante des masses pour donner corps et piquant à toutes prises de parole, manifestations, engagements électoraux.

 

Que l’on soit lycéens en révolte, syndicaliste, politicien en recherche de voix, la cause est vendable, tous publics. A l’intérieur, pour s’attirer les fameuses « banlieues », à l’extérieur, pour s’attirer les faveurs économiques de pays arabes en mesure d’acheter quelques avions et armes de guerre pour pacifier le monde !

 

Comme elle a trompé hier, la fidélité poignante de ses Harkis, la France a aujourd’hui vendu celle de ses Juifs, pour courir après les chimères du nombre en période électorale, comme l’annonçait une note scélérate au PS en 2001.

 

Les Juifs de France ont été trompés sur le plan de leur identité, de leur totale adhésion aux voix républicaines, et dans leur liberté de choix politique pluriel, condamnés par les faits et le quotidien, au choix du plus protecteur, à la discrétion visuelle et  au rassemblement grégaire, triste rappel, en quartiers ghettoïsants.

 

L’historien Georges Bensoussan se retrouve abusivement devant les tribunaux pour un simple terme générique utilisé lors d’une émission de radio, alors que des bloggeurs outranciers, racistes antisémites, homophobes se retrouvent encensés par une presse de gauche à dormir debout !

 

Ces blogueurs peuvent offrir un menu de choix, des jambes cassées d’un académicien, la sodomisation d’une violoniste de renom. Tout est permis et amusant pourvu qu’il ne s’agisse que de Juifs. Le cynisme rigolard s’étend en tous lieu radio, journaux télévision, mais les Juifs ont le dos large, ils comprennent l’humour n’est ce pas ?

 

Pour la communauté juive, la confiance en l’avenir est définitivement entachée de doutes. Les jeunes ont tendance à quitter le pays vers des cieux plus radieux.

 

Pourtant la majorité d’entre eux voudrait absolument faire confiance et espérer la remise en œuvre de ce qui a fait la grandeur de la France : son école publique, seule instance en mesure d’unifier et de pacifier la Nation, sa société égalitaire et formative, dans le respect de chacun sans prendre en compte la seule évaluation du nombre !

 

 


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