A propos de l'auteur
Né à Tunis en 1940, réside à Paris depuis 1959, pour étudier l'architecture et les arts plastiques à l'E.N.S.B.A. Pratique de la sculpture à Carrare, de l'architecture en Belgique et en Angleterre, et de la peinture à Paris et New York. Il œuvre en ce moment à remettre sur les rails un projet de Musée-Mémorial-Centre culturel consacré aux Juifs d'Orient, à Jérusalem, projet lancé par Nessim Gaon, et resté sans lendemain.

En mars 2015, je me rend à la State University New York (S.U.N.Y.), à Manhattan, car c’est l’“Israeli Apartheid Week” qui se tient comme chaque année, dans les universités américaines pour apporter un soutien, une motivation au mouvement B.D.S. (Boycott, Divestment, Sanctions..). Et un encouragement au terrorisme meurtrier qualifié de “résistance à l’occupation”.

 

L’amphithèatre est bondé.

 

L’oratrice est une avocate américano-palestinienne d’une trentaine d’années, entourée d’un aréopage de militants déterminés. Cette avocate, très véhémente, explique longuement que l’occupation illégale de la Palestine, par une soldatesque israélienne brutale et “vulgaire” (ici l’avocate tord ses lèvres en prenant un air dégouté…) est un crime contre l’humanité.Selon elle, les israéliens sont coupables de “génocide” car ils massacrent systèmatiquement les palestiniens. Sadiques, ils leur rendent la vie impossible, avec des barrages, des fouilles humiliantes: c’est “l’apartheid”.

Leur but est de les chasser tous: les israéliens se livrent à de l’ “ethnic cleansing” (nettoyage ethnique..) pour achever de voler leur terre aux Palestiniens. L’avocate brode interminablement sur le même thème, en insistant sur le prétendu nettoyage ethnique en cours, du fait de “l’occupation”, sur la cruauté des Israéliens, etc…

 

Au bout d’une heure un quart de ce discours acharné, écouté docilement par l’assemblée entière, sans interruption, je me demande si le micro va enfin circuler dans la salle.

Je suis assis au premier rang. Je lève le bras pour solliciter le micro et m’exprimer, mais l’avocate fronce les sourcils. Ses assistantes l’interrogent du regard: “Doit on donner le micro à ce monsieur?”.

L’avocate est inquiète et propose le micro ailleurs mais il n’y a pas de candidat.

 

Finalement, j’obtiens le micro. Je me présente comme un spécialiste de l’ethnic cleansing, car, Juif tunisien, je fait partie d’une communauté qui est passée de 100 000 personnes en 1948 à moins de 900 en 2015, soit un “nettoyage” de plus de 99%. Je raconte comment les Juifs de la Tunisie indépendante depuis 1956 ont été contraints au départ par une alternance de mesures discriminatoires qui les empéchaient de gagner leur vie, de spoliations, puis de violences et d’émeutes, d’incendies de synagogues, d’assassinats (toujours attribués à des “déments” qui n’étaient pas responsables de leurs actes…), de pillages de magasins Juifs, de brutalités exercées contre des citoyens tunisiens Juifs, chaque fois qu’Israël exerçait son droit à la légitime défense, et repoussait victorieusement les attaques arabes successives visant à l’anéantir.

 

J’explique ensuite que les communautés Juives d’Algérie, de Libye, d’Egypte, du Liban, de Syrie, d’Irak, du Yemen, etc… ont toutes été décimées au 20ème siècle, massacrées, chassées, déchues de leur nationalité, spoliées, contraintes à l’éxil, en abandonnant leur terre natale, leurs biens, leurs synagogues et leurs cimetières. Aucun Juif ne subsiste plus, ni en Algérie, ni en Libye, ni en Egypte, ni au Liban, ni en Syrie, ni en Irak. Ceux du Yemen sont une poignée et se cachent, terrorisés…

 

L’exil, le plus brutal donc, pour un million de Juifs des pays arabes, qui étaient pourtant les occupants les plus anciens de ces pays, car présents bien avant la conquête musulmane! Des Juifs à qui la « dhimmitude » avait été imposée par les conquérants arabes, avec son statut inférieur de citoyens de dernière catégorie, soumis au caprice des maîtres arabes, aux humiliations, à la violence gratuite, à l’injustice quotidienne: le véritable « apartheid »! Parmi quelques exemples, les Juifs ne pouvaient sortir de leur ghetto, la Hara, que pieds nus!

Accusés de blasphème, par un concurrent, par un débiteur, ils étaient aussitôt décapités!

Etc…etc…

 

L’avocate indique d’un geste qu’il faut m’arracher le micro mais je ne le lache pas, et je continue à m’exprimer d’une voix forte. “Les Arabes d’Israël ne sont, eux, certainement pas victimes de nettoyage ethnique, puisqu’ils sont en progression démographique constante, et puisqu’ils bénéficient, citoyens Israéliens, d’un état de droit et d’une justice indépendante qui n’existent dans aucun pays arabe”.

 

Je m’adresse à l’avocate Américano-Palestinienne et je lui demande ce qu’elle cherche à obtenir en abreuvant l’assemblée de mensonges, et en accusant les Juifs d’ethnic cleansing alors que ce sont eux qui le subissent? En accusant les Juifs de pratiquer l’apartheid alors que ce sont eux qui l’ont subi pendant des siècles, comme le subissent toutes les minorités encore présentes dans les pays arabes?

 

On m’arrache finalement le micro pour le donner à un étudiant juif de S.U.N.Y., portant kippa, qui pose une question à l’avocate: “Qu’est-ce que la Dhimmitude?” La réponse: “C’est une protection, pour la sécurité des personnes, ni plus, ni moins…”

 

Finalement, l’avocate lève la scéance. Elle est entourée par un groupe compact de militants. Je m’approche pour échanger nos cartes de visite et lui proposer de lui adresser une documentation sur la réalité du nettoyage ethnique et de l’apartheid dans le monde, mais en me voyant approcher, elle bondit en arrière, comme si le diable en personne se présentait à elle. Les “militants” grondent de manière menaçante… Tant pis! Aucun dialogue n’est possible!

 

Un groupe important d’étudiants juifs s’approche pour me remercier de mon intervention: ils me disent avoir beaucoup appris car, de familles juives d’origine européenne, ils ignoraient tout du sort des communautés Juives d’Orient. Ils sont abreuvés de propagande mensongère à longueur d’année. Etant de gauche, “progressistes”, en faveur de l’émancipation des peuples, ils étaient prêts à soutenir le B.D.S. car ils ignoraient que c’était les Juifs qui avaient vraiment souffert d’apartheid pendant des siècles, puis avaient été ethniquement “cleansed”, etc…

 

A la suite d’entretiens divers avec des juifs new yorkais de tous ages, je réalise alors que la population juive américaine, une part importante du peuple juif, ignore pratiquement tout: des racines juives anciennes au moyen Orient et en Afrique du nord, du statut de Dhimmis imposé aux juifs par la colonisation arabo-islamique dès le 7ème siècle, de l’exil forcé imposé à un million de juifs chassés de leur pays natal au XXème siècle. Ignorant ce que c’est que la dhimmitude, la notion de souveraineté Juive sur sa terre ne fait pas sens pour elle.

Elle est donc prête à gobber le narratif selon lequel les Juifs seraient des « colons » à Jérusalem. Elle a voté deux fois massivement pour Obama dont l’administration a laissé qualifier la présence Juive à Jérusalem « d’occupation criminelle » (résolution 2334 du Cconseil de Sécurité..). Tout cela par ignorance de l’histoire des Juifs d’Orient.

 

Cette manifestation de l’ “Israeli Apartheid Week”, dans un amphithèatre d’une grande université américaine, devait en principe contribuer à camoufler (à inverser?…) la vérité, à propager des mensonges grossiers, pour endoctriner des étudiants crédules et ignorants, souvent Juifs d’ailleurs, prêts à s’engager dans une critique virulente d’Israël, pour son boycott! Quand on est présent, on peut jouer le rôle du grain de sable qui bloque la machine bien rodée! Mais au delà, il faut, me semble t il, penser à remédier à cette ignorance dommageable, avec un lieu majeur, à Jérusalem, dans la capitale, passage obligé, consacré à l’histoire et à la culture des Juifs des pays Arabes et Musulmans.

 

New York, le 9 aout 2016


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