A propos de l'auteur
Rédactrice en chef de Menora.info, journaliste. Couvre l’actualité d’Israël et du Proche-Orient pour les médias de langue française. Auteur de nombreux reportages et enquêtes sur les sociétés israélienne et palestinienne.

Une partie d’Israël au statut particulier et complexe, dont chaque élément a des implications diplomatiques et stratégiques.

 

Ce dossier portera sur ce groupe de population, des citoyens juifs israéliens établis dans les territoires de Judée Samarie. Elle ne comprendra pas les Israéliens des autres territoires conquis durant la guerre des Six Jours. Jérusalem et le plateau du Golan ont fait l’objet de législations spécifiques qui les placent sous la compétence du droit israélien. Israël s’est retiré unilatéralement de la Bande de Gaza en 2005. Sa population est depuis exclusivement palestinienne.

  • Géographie

Situés sur les reliefs de l’est d’Israël, les territoires dits de Judée Samarie comportent également sur leur versant oriental la Dépression du Jourdain, qui longe la frontière avec la Jordanie jusqu’à la mer Morte. La Samarie se trouve au nord et la Judée au sud, séparés par Jérusalem. Ces territoires conquis par Israël en 1967 s’étendent sur 125 km, délimités au nord par les Monts du Gilboa et au sud par le Mt Hébron sur une surface totale de 5 500 km2. Au point le plus étroit, leur largeur est-ouest est de 30 km et de 55 au point le plus large.

La topographie de la Judée Samarie, qui surplombe la plaine côtière israélienne et dont le point culminant dépasse 1000 m d’altitude, constitue un atout stratégique, qui a également ajouté une profondeur territoriale qui manquait à Israël avant la guerre des Six Jours. Le ministre israélien des Affaires étrangères Abba Eban avait à l’époque parlé des « frontières d’Auschwitz » pour évoquer l’étroitesse du territoire israélien dans les frontières de l’Armistice de 1949 (la ligne Verte), qui a son point le plus étroit ne faisait que 17 km de large.

Seuls un peu moins de 10% de la Judée Samarie sont urbanisés. Les localités israéliennes ne représentent que 4% de l’ensemble du territoire.

La région représente une part importante des ressources hydriques naturelles. Elles comptent pour environ 50% des réserves aquifères. Le manque de contrôle sanitaire et le vol d’eau côté palestinien sont un des points de tension récurrents entre les deux populations.

 

Découpage régional

Six conseils régionaux – Samarie, Mer Morte, Benyamin, Gush Etsion, Mt Hébron et Dépression du Jourdain – et 13 conseils locaux regroupent les 150 localités israéliennes de Judée Samarie, qui comptent 4 villes : Modiin Ilit – 67 000 habitants -,  Betar Ilit – 51 000 habitants – Maale Adumim – 37 000 habitants – et Ariel – 19 000 habitants. Le conseil régional ayant la plus faible population est celui de la Dépression du Jourdain avec 4 200 habitants, répartis sur 20 localités.

 

La Judée Samarie dans les Accords d’Oslo de 1993 et 1995 entre Israël et l’OLP

La région a été découpée en trois zones distinguées par leur type de contrôle et qui doivent la régir jusqu’à la conclusion d’un accord définitif.

La zone A : représente environ 18% du territoire. Elle comporte les plus grandes agglomérations palestiniennes – Djénine, Naplouse, Tulkarem, Qalqilya, Ramallah, Bethléem, Jéricho et Hébron – et une population entièrement palestinienne. Elle est intégralement sous le contrôle de l’Autorité Palestinienne, qui y détient les compétences municipales, politiques, administratives, judiciaires et sécuritaires. A partir de 2002, lors de la seconde intifada, Israël a repris ses opérations antiterroristes à l’intérieur de la zone A et effectue ponctuellement des arrestations dans ces agglomérations.

La zone B : représente environ 22% du territoire. Elle comporte les petites agglomérations palestiniennes – environ 400 villages. Les compétences y sont partagées. L’Autorité Palestinienne y détient des pouvoirs politiques, administratifs et de police – comme en zone A -, mais  Israël  en partage le contrôle sécuritaire. Ses forces de sécurité peuvent y agir dans le cadre de la lutte antiterroriste.

La zone C : représente environ 60% du territoire. Elle comporte l’intégralité des localités israéliennes, les terres dites d’Etat et des points de peuplement juifs non reconnus. Le contrôle y est exclusivement exercé par Israël, tant sur le plan civil que militaire.

L’exception de Hébron : la ville fait l’objet d’un statut à part dans le cadre de l’accord israélo-palestinien de 1997. Elle est divisée en zone H1, la partie sous contrôle palestinien – environ 80% – et zone H2, la partie sous contrôle israélien, qui comprend le quartier juif de Hébron et quelque 40 000 résidents palestiniens riverains.

 

Infrastructures : Les routes

Composante stratégique essentielle, le réseau routier de Judée Samarie est particulièrement complexe. C’est Israël qui en conserve le contrôle sécuritaire. Les routes restent d’ailleurs le seul moyen de communication, la Judée Samarie n’ayant pas été reliée au réseau ferroviaire national. Le réseau routier comporte des routes antérieures à la conquête israélienne de 1967. Israël y a ajouté des axes desservant les implantations, mais aussi au fil des années des routes de contournement, pour éviter aux automobilistes israéliens d’avoir à traverser des localités palestiniennes. Les axes principaux sont empruntés par les deux populations, sauf décision contraire de Tsahal, qui peut les interdire à la circulation palestinienne.

En 2017, le gouvernement israélien a approuvé un plan général de modernisation du réseau avec percement de nouvelles routes, élargissement des axes existants et mise aux normes de sécurité. Pourtant, le réseau routier est encore considéré comme insuffisant et surtout dangereux. Moins par les attaques terroristes que par les accidents. En 2016, ils avaient fait 42 morts et plus de 1300 blessés. Des statistiques qui ne comprennent que les accidents impliquant au moins des véhicules israéliens. L’Autorité Palestinienne ne fournit aucune information sur les accidents ne concernant que sa population.

 

 

  • Démographie

Les valeurs disponibles diffèrent selon les sources avec une amplitude importante selon qu’elles proviennent du Bureau Central des Statistiques ou du Conseil représentatif des implantations de Judée Samarie (Yesha).

Nous indiquerons ici les valeurs globales des deux sources et les valeurs détaillées du Bureau Central des Statistiques.

Population juive de Judée Samarie

  • Calcul 2018 Conseil de Yesha : 448.672 personnes
  • Calcul 2017 Bureau Central des Statistiques : 404.900 personnes
  • Age moyen de mariage : 23 ans

Nombre d’enfants moyen par femme : 2,6

 

Foyers (source : Bureau Central des Statistiques)

68% des foyers comptent des enfants de moins de 17 ans.

9,1% des foyers comptent des personnes de plus de 65 ans

Le foyer moyen compte 4,3 personnes.

7% des foyers sont composés d’une seule personne.

15,8% sont des couples.

24,7% des foyers habitent en location.

71,7% des foyers sont propriétaires (ou équivalent) de leur logement.

 

Personnes âgées

2,8% sont âgés de plus de 65 ans

Croissance et répartition

La croissance annuelle de la population en 2018 était de 3% par an, son plus bas en 10 ans, même si elle demeure supérieure à la moyenne nationale (2% en 2018). Durant la décennie 2008-2018 sa moyenne annuelle était de 4,3%.

En nombres d’habitants, la région a gagné 14 299 résidents en 2017 et 12 694 en 2018. Moyenne annuelle au cours des 10 dernières années : 15 043 personnes.

Répartition par courant religieux

La population israélienne de Judée Samarie est composée d’1/3 de religieux nationalistes, 1/3 d’ultraorthodoxes et d’1/3 de Juifs non pratiquants.

 

Répartition géographique

Modiin Ilit, Beitar Ilit, Maale Adumim et Ariel regroupent 195 771 habitants, soit 43% de la population.

Le conseil local de Judée Samarie compte 95 890 habitants (22%)

Les autres conseils régionaux totalisent 157 008 habitants (35%)

 

La localité la plus importante qui n’est ni un conseil local ni une ville est Kochav Yaakov dans la région de Benyamin. Viennent ensuite Shaarei Tikva, Adam, Talmon, Kfar Adumim et Tekoa.

En termes de croissance, c’est la localité de Alei Zaav en Samarie qui a le taux le plus élevé avec 22,6% en 2018. Suivent Maale Amos dans le Gush Etsion avec 17%, Slayit dans la Dépression du Jourdain avec 16,5%, Beit Haarava près de la mer Morte avec 15,9% et Sansana sur le Mt Hebron avec 13,8%.

Dans les conseils régionaux, la croissance la plus importante est celle du Conseil du Mt Hebron avec 6% en 2018 et la plus faible est celle du Conseil régional du Gush Etsion avec 1,2%.

Le Conseil local d’Efrat a enregistré la plus forte croissance, 8,7% en 2018, suivi par Emmanuel avec 6,5%, Karnei Shomron avec 4,4% et enfin Beit Arieh Ofarim avec 3,5%.

La ville qui s’est le plus développée est Modiin Ilit avec 3,9% de croissance en 2018.

 

Répartition par tranche d’âge

La population de Judée Samarie est plus jeune que celle du reste d’Israël. 55% des habitants des implantations ont plus de 17 ans, alors que la moyenne nationale des plus de 17 ans est de 73%.

Le taux de croissance de la région recule régulièrement depuis 2008. Il a baissé de moitié en dix ans.

Education

Environ 200 000 enfants sont scolarisés dans les localités de Judée Samarie, qui comptent 300 jardins d’enfants,  96 établissements primaires et secondaires et 19 yéchivot Esder, qui combinent les études talmudiques et le service militaire. 65% du budget des conseils de Judée Samarie sont consacrés à l’éducation. La Judée Samarie compte une seule université à Ariel.

Education supérieure

En pourcentage, pour l’année 2017 (source Bureau Central des Statistiques)

Diplômés Hommes Femmes
1er cycle 13,1 19,6
2e cycle 9,7 9,2

 

 

  • Economie

Population active, 2017 (source : Bureau Central des Statistiques)

Total actifs 156.200

 

62% des actifs travaillent hors de leur commune de résidence

52,4% disposent d’un véhicule particulier.

 

Activité par secteur en pourcentage, 2017 (source : Bureau Central des Statistiques)

Agriculture 0,6
Industrie 6,8
Eau, électricité 0,4
Bâtiment (construction et génie civil) 3,7
Commerce 7,4
Services hôtellerie et restauration 3,4
Transports et communications 2,4
Banque, assurance et finance 2,0
Immobilier 1,3
Administration publique 13,8
Administration locale 3,5
Education 23,1
Finance 2,3
Communication 5,3
Services sanitaires et sociaux 12,5
Services scientifiques et techniques 5,9
Autres services 6
Foyers employeurs 1,3

 

Activité économique en Judée Samarie

C’est d’abord l’implantation dans la Dépression du Jourdain qui s’est accompagnée d’une activité économique, principalement agricole. La population qui s’y est établie, issue principalement du camp travailliste, était favorable à l’idéologie du travail de la terre. Le climat aride et chaud, associé aux techniques d’irrigation ont permis le développement d’exploitations maraichères et horticoles. En Judée Samarie en revanche, la tendance idéologique dominante a d’abord privilégié le peuplement. Ce n’est que progressivement qu’une activité économique locale s’est développée. Environ 50% des actifs de Judée Samarie travaillent dans la région, principalement dans le secteur public et l’éducation. 30% travaillent à Jérusalem et 15% dans le centre d’Israël.

La viticulture

Le vin est un secteur en plein essor. Un climat favorable et une position plus élevée, permettent de développer des cépages de qualité. La Judée Samarie compte actuellement environ un cinquième des exploitations viticoles israéliennes. Environ 60% de la production est vendue sur le marché israélien.

Les zones industrielles et commerciales

Elles se sont essentiellement développées avec les Accords d’Oslo. La création de parcs industriels en Judée Samarie permet d’ancrer une économie locale, mais aussi de donner des emplois à une main d’œuvre palestinienne. Outre les structures spécifiquement établies en zones A et B pour la population palestinienne, il existe 14 zones industrielles en zone C, également accessibles aux Palestiniens, qui sont plus de 15 000 à y être employés. Les principales sont celles de Barkan et de Mishor Adumim. Les activités sont essentiellement de la petite industrie, mécanique et de la technologie. Par ailleurs, les grandes zones commerciales, comme celle du Gush Etsion sont également fréquentées par les Palestiniens qui viennent y faire leurs courses.

Niveau socio-économique

Il est comparable à celui de la moyenne nationale. Toutefois, sur les 255 communes d’Israël, 3 localités de Judée Samarie figurent parmi les 20 plus riches du pays : Har Adar, Elkana et Oranit. 3 de ses localités à population ultra-orthodoxe figurent parmi les plus pauvres : Emmanuel, Modiin Ilit et Betar Ilit. Le revenu moyen par habitant est légèrement inférieur à la moyenne nationale, en raison de la proportion de la population ultra-orthodoxe.

 

Sécurité

La Judée Samarie relève du commandement militaire de la région centre. Elle a été, depuis le début du processus de paix dans les années 90, puis au cours de la seconde intifada des années 2000, le principal réservoir terroriste des attaques dirigées contre le territoire israélien, mais aussi contre les implantations. Aux termes des Accords d’Oslo, Tsahal s’était retiré des agglomérations palestiniennes des zones A et B, mais elle les a partiellement réoccupées durant l’opération Rempart en 2002. Depuis, l’armée israélienne y pénètre ponctuellement pour des opérations antiterroristes. La zone B est d’ailleurs toujours sous contrôle sécuritaire israélien, tout comme la zone C.

La coordination sécuritaire avec l’Autorité Palestinienne a permis de contenir le retour du Hamas dans la région et assure que la branche armée du Fatah qui lui est inféodée, ne mène plus d’attaque contre Israël. Cependant, si l’Autorité Palestinienne a son propre intérêt à coopérer avec Israël, l’infrastructure terroriste palestinienne en Judée Samarie tente toujours de se reformer. Les forces de sécurité israéliennes enrayent en permanence des tentatives d’attentats. Trois Israéliens ont été assassinés dans des attentats terroristes depuis le début de l’année.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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