A propos de l'auteur
Pascale ZONSZAIN, rédactrice en chef de Menora.info, journaliste. Couvre l’actualité d’Israël et du Proche-Orient pour les médias de langue française. Auteur de nombreux reportages et enquêtes sur les sociétés israélienne et palestinienne.

Israël compte 1,5 millions d’habitants sous le seuil de pauvreté. Ou 2,5 millions, dont 1 million d’enfants. Tout dépend de la définition de la pauvreté et de son mode de calcul. Le premier est celui de la Caisse Nationale d’Assurance, le second celui de l’ONG LATET. Les deux mettent en tout cas en lumière les disparités de la société israélienne.

Définir la pauvreté est en soi un défi. Faut-il la définir de manière absolue ou relative ? La considérer en rapport avec les ressources ou avec les besoins ? La pauvreté est aussi une affaire de dignité humaine, qui devrait être envisagée comme un droit fondamental. Toutes les définitions ne parviennent pas à une réalité unique. Mais elles permettent de constater que des secteurs et des groupes différents de la population israélienne sont confrontés à des défis similaires.

  1. Définir la pauvreté

Plusieurs définitions sont proposées dans cet article. Les principaux chiffres qui y figurent sont ceux de la Caisse Nationale d’Assurance (“Bituah Leumi”), de l’OCDE et de l’organisation LATET.

Bituah Leumi :

Un foyer est considéré sous le seuil de pauvreté quand son revenu net par membre standard est inférieur de plus de 50% au revenu médian de l’ensemble des foyers israéliens. Le revenu médian est la ligne qui sépare la moitié de la population qui gagne le plus de la moitié de la population qui gagne le moins. Le revenu disponible des ménages est défini par ses revenus du travail et du patrimoine ainsi que les paiements de prestations sociales et par les abattements fiscaux directs. Le Bituah Leumi publie chaque année un “rapport sur les indices de pauvreté et des inégalités sociales” qui mesure le taux de pauvreté en Israël et ses caractéristiques. Il se fonde sur les chiffres recueillis pour la période correspondante par le Bureau Central des Statistiques (équivalent israélien de l’INSEE). Le Bituah Leumi adopte les systèmes de calcul utilisés par l’OCDE et l’ensemble des organisations internationales.

OCDE :

Le taux de pauvreté correspond à la proportion de personnes dont le revenu est inférieur au seuil de pauvreté, c’est-à-dire à la moitié du revenu médian de la population totale. Ce taux de pauvreté est aussi disponible par groupe d’âge, pour les enfants (0-17 ans), les personnes d’âge actif (18-65 ans) et les personnes âgées (66 ans et plus). Toutefois, deux pays affichant le même taux de pauvreté peuvent connaître des situations différentes s’agissant du niveau de revenu relatif des plus démunis.

L’intensité de la pauvreté est définie comme étant l’écart relatif entre le revenu moyen des personnes pauvres et le seuil de pauvreté. Le seuil de pauvreté est défini comme la moitié du revenu médian des ménages. L’intensité de la pauvreté aide à affiner le taux de pauvreté en donnant une idée du niveau de pauvreté d’un pays. L’indicateur est calculé pour l’ensemble de la population ainsi que pour les 18-65 ans et les plus de 65 ans.

Ministère des Finances :

Depuis quelques années, les économistes du ministère israélien des Finances remettent en question les paramètres établis par le Bituah Leumi pour définir et quantifier la pauvreté en Israël. Ils proposent une définition alternative, fondée non pas sur les revenus des ménages, mais sur leurs dépenses pour mesurer leur niveau de vie. Ils estiment en effet que la prise en compte quantitative des revenus n’est pas suffisamment rigoureuse. A revenu égal, un ménage disposant de la propriété de son logement n’est pas dans la même situation qu’un ménage en location, notamment en termes d’accès à des prêts bancaires. D’autre part, le ministère considère que la seule référence aux chiffres officiels laisse dans l’ombre la part de revenus “au noir”, non déclarés de certains foyers. Selon lui, cela fausse notamment les données en ce qui concerne le secteur arabe israélien, ou encore chez les travailleurs indépendants. Le calcul préconisé par le ministère des Finances modifie à la baisse l’ampleur des disparités sociales.

L’indice alternatif de LATET

L’organisation non gouvernementale fondée par Gilles Darmon, lutte contre la pauvreté et l’insécurité alimentaire. Elle fonctionne d’abord comme une banque alimentaire qui approvisionne près de deux cents associations locales. Elle a aussi développé des programmes d’aides spécifiques, notamment pour les survivants de la Shoah. LATET publie annuellement un rapport sur la pauvreté en Israël, qui fait désormais référence. L’ONG a développé un indice pluridimensionnel de pauvreté. Il diffère de celui de la Caisse Nationale d’Assurance, dans la mesure où il ne se limite pas aux seuls revenus pour définir le seuil de pauvreté, mais prend en compte d’autres paramètres, tels que les besoins essentiels pour vivre dignement, l’évaluation des carences qui empêchent un individu d’atteindre ce seuil, à quel niveau peut-on considérer qu’un individu est pauvre. LATET examine pour cela les cinq postes qui doivent définir des conditions de vie dignes : le logement, l’éducation, la sécurité alimentaire et la capacité à faire face au coût de la vie. Selon que ces critères sont ou non remplis, et selon leur éloignement du seuil requis, une personne sera considérée ou non comme pauvre. C’est cette résolution plus fine qui a permis d’identifier comme pauvres des populations qui n’entraient pas dans les mesures de la Caisse Nationale d’Assurance et qui explique l’écart de plus de 9% entre les deux calculs.

  1. Cartographie de la pauvreté en Israël

A/Données statistiques

Dans son dernier rapport publié fin 2018, le Bituah Leumi constate une tendance constante depuis 2010 à un recul du taux de pauvreté. Ce recul annuel moyen de 0,8% pour les enfants, de 0,5% par personne et de 0,3% par famille reste pourtant timide, mais il se confirme dans les ménages actifs. Il se traduit par une hausse de 4,6% du revenu net moyen par personne. Les inégalités entre les revenus les plus hauts et les plus bas se sont réduites de 1,2% par an depuis 2009. Mais le revenu disponible des 10% de foyers les plus aisés est 13,3 fois supérieur à celui des foyers les plus modestes, contre un écart de 9,4% pour la moyenne de l’OCDE.

Ceci étant posé, les résultats d’Israël le placent au bas de l’échelle des pays membres de l’OCDE, dont il fait partie depuis 2010. De plus, les résultats de 2017, sur lesquels se fonde le dernier rapport, enregistrent un décalage entre le social et l’économique. Car si les revenus et le taux de la population active ont augmenté, les prestations sociales n’ont pas suivi, creusant l’écart chez les plus défavorisés qui dépendent des aides de l’Etat. En conséquence, l’indice de pauvreté, qui en mesure la gravité, a quant à lui bondi de 10%.

En 2017, le taux de pauvreté en Israël par famille était de 18,4% contre 18,5% en 2016. Cela représente 1.780.500 personnes sous le seuil de pauvreté, dont 814.800 enfants.

Pour la première fois depuis 2013, le taux de pauvreté a reculé dans la population active, en particulier dans les familles à un seul apporteur de revenu, ce qui pourrait s’expliquer par la hausse du salaire minimum de 6,1%.

Mais cela n’a pas profité aux familles actives pauvres, dont l’indice de pauvreté continue à progresser.

L’OCDE de son côté, évaluait pour 2016 le taux de pauvreté en Israël à 17%, composé à 45,1% de harédim et à 49,4% d’Arabes. Il constatait en outre une progression de la part des actifs pauvres, environ 14% de la population active, principalement dans les deux secteurs cités, qui souffrent d’une faible qualification professionnelle.

B/Populations concernées

B.1/ les secteurs les plus touchés

Evaluation de l’intensité et de la gravité de la pauvreté selon indices – année 2017 (rapport du Bituah Leumi)

  Ratio écarts de revenus Indice FGT Indice de Sen
Total population 35,2 17,8% 0,103
Secteur du chef de famille      
Juif 31,1 14,7% 0,060
Haredi 33,7 15,4% 0,220
Nouvel immigrant 28,7 13,6% 0,071
Arabe 39,7 21,2% 0,266

Les nouveaux immigrants (installés en Israël depuis 1990)

Leur taux de pauvreté est passé de 17% en 2016 à 18,4% en 2017, inversant la tendance des années précédentes, même si leur indice de pauvreté est moins fort que celui des autres groupes. Une évolution à mettre en rapport avec le vieillissement général de cette population, dont une partie arrive à l’âge de la retraite.

Les Arabes israéliens

Le taux de pauvreté des familles arabes est passé de 49,2% en 2016 à 47,1% en 2017. Le recul est même de 9% si l’on exclue du calcul les résidents arabes de Jérusalem et les Bédouins du Néguev. En revanche, l’indice de pauvreté a grimpé de 10 à 22% pour l’ensemble de cette population. La proportion des familles arabes dans la catégorie des familles pauvres était de 37,4% en 2017, alors qu’elles représentent 15% de la population.

Les harédim (Juifs ultra-orthodoxes)

Le taux de pauvreté a reculé, passant de 45,1% en 2016 à 43,1% en 2017. Il a également baissé de 3 points en ce qui concerne les enfants de ce secteur. Les familles ultra-orthodoxes représentent 15% des familles pauvres, une proportion supérieure à leur poids démographique réel (environ 7% de l’ensemble des familles).

B.2/ Les groupes vulnérables

Les familles monoparentales

Elles étaient 24,1% à être sous le seuil de pauvreté en 2017, un recul d’un peu moins de deux points par rapport à 2016. En 2017, 90% des mères isolées étaient actives.

Les handicapés

Selon les chiffres du Bituah Leumi, en 2015, un peu plus de 231 000 Israéliens étaient bénéficiaires d’une pension d’invalidité. Environ 20% de la population israélienne souffre d’un handicap plus ou moins lourd. La proportion grimpe à 70% chez les personnes âgées. Dans la population d’âge actif, le taux d’emploi de la population handicapée se situe aux alentours de 40%, très inférieur à la moyenne nationale.

En 2017, un mouvement de protestation, à l’initiative de plusieurs associations de handicapés, avait sensibilisé l’opinion à leur situation de précarité. La campagne avait conduit à un accord avec le gouvernement, qui avait permis la revalorisation des allocations versées aux handicapés, censée leur permettre de couvrir leurs frais indispensables. Le compromis sur une somme mensuelle de 4000 shékels avait été rejetée par l’association “Un handicapé n’est pas un demi-être humain”, qui réclamait 2000 shékels supplémentaires comme correspondant réellement à leurs besoins.

Les survivants de la Shoah

Le taux de pauvreté de l’ensemble de la population âgée en Israël était de 17,2% en 2017. Selon les chiffres du Bituah Leumi, 241 000 Israéliens sont des survivants de la Shoah. Ils sont environ 45 000 à vivre sous le seuil de pauvreté. Leur nombre avait augmenté à partir des années 90 et la vague d’alyah des Juifs de l’ex-URSS. En quittant l’Union Soviétique, ces personnes âgées avaient en effet dû renoncer à tous leurs droits et pensions qui leur étaient versées dans leur pays d’origine. Il a fallu plus de vingt ans pour qu’un accord bilatéral intervienne, qui leur permette de récupérer une partie de leurs droits.

Les rescapés de la Shoah sont une population particulièrement fragilisée, d’autant qu’une large partie a conduit durant son âge actif, une vie tout à fait normale en Israël. Ce n’est qu’avec son vieillissement que sont apparus des problèmes spécifiques de santé, mais aussi d’isolement. Sous le gouvernement Olmert, leur allocation avait été revue à la hausse. Mais les survivants de la Shoah, dont environ 40 décèdent chaque jour, demeurent un secteur vulnérable. Un certain nombre d’associations se consacrent à améliorer leur situation, notamment par des opérations de volontariat pour les assister dans leurs actes quotidiens, mais aussi pour les sortir de la solitude.

C/ Carte de la pauvreté

Taux de pauvreté selon région en % – année 2017 (rapport du Bituah Leumi)

Localisation Famille Personne Enfant
Total 18,4 21,2 29,6
Jérusalem 36,5 44,8 54,7
Nord 27 29,1 38,4
Tel Aviv 9,1 6,6 5,7
Sud 22,7 23,4 29,8

Taux de pauvreté pour la population juive en % – année 2017 (rapport du Bituah Leumi)

Localisation Famille Personne Enfant
Total 13,4 13,9 19,6
Jérusalem 22 26,5 36,1
Nord 17,1 16,9 22,1
Tel Aviv 10,8 11,1 17,5
Sud 18,7 15,4 17,9

Taux de pauvreté pour la population arabe en % – année 2017 (rapport du Bituah Leumi)

Localisation Famille Personne Enfant
Total 47,1 50,3 60,7
Jérusalem 70,3 74,2 82
Nord 37,7 38,9 49,1
Tel Aviv (non référencé)
Sud 63,7 67,8 73,1
  1. Les facteurs de paupérisation

Coût de la vie

L’OCDE constatait en 2017 que le PIB israélien par habitant était de 15% inférieur à la moyenne de l’OCDE, alors que le coût de la vie y est supérieur. Selon un rapport publié en 2017 par le Centre de Recherche et d’Information de la Knesset et qui reprend les chiffres de l’organisation internationale, le coût de la vie est supérieur de 25% à celui de la moyenne des pays de l’OCDE pour l’alimentation et même de 70% pour les seuls œufs et produits laitiers.

Les meubles et l’électro-ménager sont 34% plus chers. Les transports sont 30% plus coûteux que pour le reste de l’OCDE. La santé coûte 20% de plus aux Israéliens, et ils déboursent 29% de plus dans les restaurants et 18% de plus pour la culture et les loisirs.

Education

La coexistence de quatre systèmes parallèles, trois dans le secteur juif et un dans le secteur arabe, avec des programmes différents, contribue à accentuer les disparités dans la société et surtout dans le niveau de qualification professionnelle, avec une très forte variabilité des niveaux de compétence, entrainant à leur tour des écarts de salaire.

D’autre part, les établissements scolaires ne bénéficient pas d’un régime de financement égalitaire. Si leur budget de base, alloué par le ministère de l’Education fonctionne bien sur une répartition en parts égales, selon le nombre d’élèves, les dotations supplémentaires du ministère varient selon le profil socioéconomique de chaque établissement. Quant à la part du budget communal qui vient s’y ajouter, il varie évidemment selon les ressources de chaque commune concernées, provoquant des disparités d’un rapport de 10 à 20 entre les localités les plus riches et les plus pauvres.

Une initiative lancée en 2017 sur la base des recommandations de la Commission de lutte contre la pauvreté dirigée par Eli Elalouf pourrait donner aux enfants une chance supplémentaire de sortir du cycle de la pauvreté : le programme du “plan d’épargne pour chaque enfant”. Chaque enfant âgé de 0 à 17 ans se voit ouvrir un compte d’épargne nominatif sur lequel est versée chaque mois la somme de 50 shékels prélevée sur le budget des allocations familiales. Il pourra accéder à ce dépôt à sa majorité, pour tout usage qu’il jugera utile : études, logement, ou entrée dans la vie active.

Logement

Les jeunes couples sont les plus défavorisés dans l’accès à la propriété immobilière, qui est pourtant une nécessité en Israël où la location reste largement précaire et sans véritable protection légale. C’est un des problèmes qui avaient déclenché en 2011 la “protestation des tentes”, mouvement de contestation qui avait mobilisé des centaines de milliers d’Israéliens. Depuis, le gouvernement a mis en place une réforme, destinée à faciliter l’accès à la propriété. C’est le programme du “prix pour l’acheteur”, qui propose des terrains publics à l’adjudication à des prix inférieurs à ceux du marché, aux promoteurs qui s’engagent à vendre des logements à des prix bradés. Il concerne environ 100 000 coupes éligibles d’ici 2020, mais qui sont choisis par tirage au sort. Ce système comporte pourtant un certain nombre d’effets pervers, comme la perturbation du marché immobilier et l’encouragement indirect à une spéculation locative. En effet, les logements attribués ne prennent pas en compte le lieu de résidence des ménages bénéficiaires, qui préfèrent mettre en location l’appartement acheté, plutôt que d’aller y habiter.

Endettement

Le coût de la vie, notamment pour la couverture des besoins essentiels, mais aussi les comportements de consommation qui s’est considérablement développée depuis la fin des années 80, a évidemment des conséquences sur l’économie des ménages. L’endettement est un facteur qui entre dans la situation de pauvreté, même si ses évaluations varient. Le Bureau Central des Statistiques estimait en 2016 à 15% la proportion d’Israéliens en situation de découvert bancaire toute l’année, tandis que 46% l’étaient au moins une fois par an. La Banque d’Israël en 2018 recensait selon ses calculs, 27% d’Israéliens en découvert chaque mois. Quant au rapport du Centre Taub publié en 2014, il estimait à 80% la proportion d’Israéliens en situation de découvert chronique, en comparant le cinquième de la population aux revenus les plus élevés aux 4/5e aux revenus les plus bas. Le rapport LATET de décembre 2018 constatait quant à lui que 47,6% des foyers définis comme pauvres dans son indice alternatif avaient fait l’objet de saisies ou de mesures d’interdiction bancaires.

Santé

Quand le poste de la santé fait l’objet de restrictions dans un foyer, c’est un signe de paupérisation. Le fait de renoncer à l’achat de médicaments, ou à des soins par manque d’argent concerne en priorité la population âgée, mais aussi des familles. 69,7% de la population assistée par l’organisation LATET reconnaissent s’être passé de médicaments ou de traitement médical vital par manque d’argent. La moyenne nationale est de 18,9%.

La sécurité alimentaire

C’est probablement le paramètre le plus traumatisant, en ce qu’il évoque dans les esprits le stade ultime de la misère. L’organisation LATET brise le tabou en évoquant la question de la sécurité alimentaire comme un des critères fondamentaux de la dignité humaine. Dans son dernier rapport, l’ONG pointe parmi la population qui a recours à ses distributions de nourriture sur une base plus ou moins régulière, 76,7% sont en situation d’insécurité alimentaire, soit trois fois et demie plus que l’ensemble de la population. 55,2% de ceux qui ont recours à l’aide de LATET le font une fois par mois et 10% le font quotidiennement.

  1. Les réponses à la pauvreté

Différentes initiatives, publiques ou civiles, tentent de proposer des solutions pour remédier au phénomène. En 2014, le rapport de la Commission spéciale pour la lutte contre la pauvreté, présidée par Eli Elalouf, a présenté une série de recommandations sur dix ans, en vue de réduire les inégalités et de ramener Israël dans la moyenne des pays de l’OCDE. Il vise à améliorer la situation des personnes âgées, permettre aux familles de sortir du cycle de la pauvreté, traiter les différents aspects de la pauvreté (santé, emploi, éducation, logement, etc.) et à réduire le phénomène de pauvreté trans-générationnelle.

L’organisation LATET a mis en place un “laboratoire social” qui développe des propositions visant à réduire les inégalités et à assurer la sécurité alimentaire des populations les plus vulnérables. Mais pour être réellement efficaces, ces mesures doivent faire l’objet d’une politique nationale conduite par le gouvernement.

Conclusion :

La pauvreté reste un obstacle majeur dans le développement d’Israël. Malgré une économie en croissance constante et un taux de chômage inférieur à 5%, Israël reste un des pays développés souffrant de la plus importante fracture sociale. Le spectre de la pauvreté et du déclassement inquiète un quart des Israéliens, qui redoutent d’en être un jour victimes, en particulier quand ils s’approchent de l’âge de la retraite. Plus de 70% d’entre eux estiment que la responsabilité de la lutte contre la pauvreté incombe au gouvernement et la considèrent comme un enjeu prioritaire. Pourtant, le sujet ne fait que rarement l’objet de débats politiques. Il est resté pratiquement absent des dernières campagnes électorales, même chez les partis qui l’avaient inscrit à leur programme. Si les Israéliens sont nombreux à donner à des associations caritatives, la pauvreté ne les fait pas descendre dans la rue. La contestation de 2011, qui avait commencé par des protestations contre le prix du cottage et des produits laitiers, avait ensuite mobilisé plus de 300 000 personnes qui avaient défilé dans le pays et campé à Tel Aviv, lors de la “contestation des tentes” pour dénoncer le coût du logement. En 2005, c’était une femme seule, Vicky Knafo, qui avait entrepris une marche à travers le pays pour alerter sur la détresse sociale des familles monoparentales qui ne parvenaient pas à boucler leurs fins de mois.

La pauvreté en Israël est donc un vrai sujet de préoccupation. Mais un peu à la manière du conflit régional, il reste perçu comme un corollaire de l’existence de l’Etat, avec lequel il faudra vivre encore longtemps avant de pouvoir le régler.


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