A propos de l'auteur
Pascale ZONSZAIN, rédactrice en chef de Menora.info, journaliste. Couvre l’actualité d’Israël et du Proche-Orient pour les médias de langue française. Auteur de nombreux reportages et enquêtes sur les sociétés israélienne et palestinienne.

Israël Beitenou n’a pas le monopole de l’électorat russe, qui intéresse tous les partis israéliens, même s’il est le seul à y puiser l’essentiel de ses forces.

 

Avec quelque 770.000 électeurs – selon les chiffres du Bureau Central des Statistiques – le “secteur russe” représente aujourd’hui entre 15 et 16 sièges à la Knesset. Soit près du double de la représentation du seul parti Israël Beitenou d’Avigdor Liberman, qui a obtenu 8 sièges aux élections de septembre 2019. Les “voix russes”, qui pèsent donc pour environ 12% de l’ensemble de l’électorat israélien, ont une influence considérable sur la composition du paysage politique.

A la suite du scrutin du 9 avril 2019, le Professeur Zeev Khanin avait réalisé une étude détaillée du comportement électoral des Israéliens d’origine russe. D’où il ressort que le parti d’Avigdor Liberman, qui avait à l’époque obtenu 5 sièges au parlement, avait reçu les voix de 40% de l’électorat des olim de Russie, c’est-à-dire la quasi-totalité des suffrages exprimés pour son parti. Cela confirme tout à la fois le caractère sectoriel d’Israël Beitenou, et son incapacité à percer en dehors de son électorat traditionnel, depuis sa création en 1999.

Vote russe au scrutin du 9/4/2019

(étude du Pr. Zeev Khanin, scientifique en chef Ministère de l’Intégration)

Parti pourcentage Sièges
Israël Beitenou 40,2 5
Likoud 26,7 4
Bleu Blanc 15,1 2,5
Kulanu 5,8 >1
Travailliste 2,3 >1
Nouvelle Droite 3,2 >1
Shass 1,5 >1
Zehut (pas entré au Parlement) 4 >1

 

L’étude du Pr. Khanin, effectuée auprès d’un échantillon représentatif de la population des immigrants de l’ancien bloc soviétique constate une relative stabilité de l’écart entre Israël Beitenou et le Likoud, comparé au scrutin législatif de 2015. En revanche, le soutien du public russe au Parti Travailliste a considérablement reculé durant la même période, lui faisant perdre l’équivalent d’un siège à la Knesset.

La répartition droite-gauche de l’électorat russe est assez proche de celle de l’ensemble de l’électorat israélien juif:

Tendance Olim russes % Moyenne Israéliens juifs %
Droite 54 55
Gauche 8 14
Centre 29 26

 

Les électeurs israéliens d’origine russe fixent leur vote en fonction de considérations qui relèvent à la fois d’une vision nationale des priorités du pays en matière d’économie ou de sécurité, et de leurs problèmes spécifiques. En tête de ces préoccupations, on retrouve les questions de statut personnel et de religion, mais aussi celles des retraites et de logement.

 

D’une génération à l’autre

Le vote des olim de l’ex-URSS est aussi lié à ses attentes. Pour l’activiste social Alex Tenzer, engagé dans la défense des droits des immigrants russes, leur vote s’est porté massivement sur Itzhak Rabin en 1992, alors qu’ils venaient d’arriver en Israël. En 1996, ils ont voté pour Benyamin Netanyahou qui leur promettait le plein emploi. En 1999, ils lui ont préféré Ehud Barak, qui leur promettait une “révolution laïque”. Mais après chaque scrutin, estime Tenzer, les électeurs russes font les comptes des promesses non tenues et ne sont “dans la poche de personne”.

Avec l’émergence de la “génération un et demi” (voir interview du Pr. Larissa Remennick), les jeunes adultes nés dans l’ancien bloc soviétique ont développé une identité politique spécifique. Mais leur poids électoral reste encore inférieur à la génération de leurs ainés, qui sont environ 80% à se définir de centre-droite. Les jeunes, dont un tiers disent avoir des opinions différentes de leurs parents,  sont quant à eux 25% à se considérer de gauche.

Les avis sont en revanche partagés sur les facteurs qui déterminent l’orientation politique des électeurs olim. On en retiendra deux principaux : l’expérience de l’intégration et la culture politique du pays d’origine. Auquel il faut ajouter un élément propre au comportement de l’électeur immigrant qui vote pour la première fois : celui du légitimisme au régime du pays d’accueil.

 

Les partis parlent russe

Si le parti Israël Beitenou a été créé pour s’adresser au public des olim russes, tous les principaux partis israéliens se sont dotés d’une antenne russophone. Lors des récents scrutins législatifs, le secteur russe a fait l’objet de campagnes électorales ciblées, qui sont reçues avec le même type de réserve que l’on retrouve dans l’ensemble de l’électorat national. Au cours de la campagne de septembre 2019, le Likoud et Bleu Blanc ont suivi l’ordre du jour fixé par le parti d’Avigdor Liberman sur le débat entre la religion et l’Etat, qui reste un obstacle majeur à l’intégration d’une partie des olim de Russie. Mais la nécessité de préserver les priorités du reste de leur électorat a atténué pour beaucoup la portée de leur message, en particulier pour le Likoud, dont une part de l’électorat reste attaché au caractère juif de l’Etat, dans son acception nationale et religieuse. Pendant la dernière campagne, la liste centriste Bleu Blanc a notamment joué la carte de la libéralisation du Shabbat, en se déclarant favorable à l’ouverture des commerces et au fonctionnement des transports publics pendant le jour de repos hebdomadaire. Le Likoud a de son côté investi près de 6 millions d’euros dans sa communication vers l’électorat russe, sans pourtant parvenir à reprendre des voix à Israël Beitenou. Or, jusqu’à présent, l’essentiel de la lutte pour les voix russes se joue entre le parti conservateur et celui d’Avigdor Liberman.

 

 

 

 


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