A propos de l'auteur
Pascale ZONSZAIN, rédactrice en chef de Menora.info, journaliste. Couvre l’actualité d’Israël et du Proche-Orient pour les médias de langue française. Auteur de nombreux reportages et enquêtes sur les sociétés israélienne et palestinienne.

Les citoyens israéliens chrétiens sont principalement arabes et représentent environ 2% de la population. Quelques données pour mieux comprendre la place de cette communauté et son évolution avec l’immigration et les travailleurs étrangers.

 

  1. La population chrétienne en Israël (source : Bureau Central des Statistiques)

Démographie

Fin 2019, Israël compte 177.000 Chrétiens, soit environ 2% de sa population totale. Parmi eux, 77,5% sont des Arabes chrétiens qui représentent 7,2% de l’ensemble de la population arabe d’Israël.

22,5% des Chrétiens israéliens ne sont pas arabes – soit environ 39.200 personnes. Il s’agit essentiellement de chrétiens ayant immigré en Israël avec un conjoint juif ou nés en Israël, en vertu des dispositions de la Loi du Retour, depuis les années 1990 et aussi des Araméens, chrétiens maronites, qui bénéficient d’une définition ethnique spécifique pour l’état-civil.

On compte environ 70.000 foyers ayant un chef de famille chrétien, soit 2,8% de la moyenne nationale. Parmi eux, 40.000 foyers arabes.

En 2018, le taux de croissance de la population chrétienne était de 1,5%. En 2017, elle s’était accrue de 2,2%, principale conséquence de l’immigration de 597 Ethiopiens Falashmuras. Pour l’année 2018, c’est aussi la population chrétienne non-arabe qui a augmenté davantage du fait de l’immigration – 2,4% – alors que la population arabe chrétienne a progressé de 1,2%.

La population chrétienne est sensiblement plus âgée que la moyenne israélienne. Les moins de 19 ans représentent 26,9% contre 34,8% pour la population juive et 45,1% pour la population musulmane.

Les plus de 65 ans représentent 11,8%, contre 13,8% chez les Juifs et 4,2% chez les musulmans.

855 mariages chrétiens ont été célébrés en Israël en 2017. L’âge médian de mariage est de 30,1 ans pour les hommes et 26 ans pour les femmes. C’est la catégorie de population israélienne qui se marie le plus tard.

En 2018, on a recensé 2.721 naissances chez les femmes chrétiennes, dont 76% sont des Arabes.

Le nombre moyen d’enfants par famille chrétienne est de 1,89. Il est un peu plus élevé – 2,01 – pour les familles arabes chrétiennes. Mais il reste très inférieur à la moyenne juive – 2,39 – et musulmane – 2,83 enfants par famille.

 

Répartition géographique

La majorité des Arabes chrétiens – 70,6% – vit dans le nord d’Israël. 13,3% vit dans le district de Haïfa et 9,5% dans le district de Jérusalem.

41,3% des Chrétiens non-arabes vivent dans la région de Tel Aviv, et un peu plus d’un tiers dans le nord et la région de Haïfa.

Les principales localités israéliennes à population chrétienne sont :

Nazareth            21.900

Haïfa                   16.100

Jérusalem          12.700

Shfaram             10.300

Les principales localités israéliennes à population chrétienne non-arabe sont :

Tel Aviv-Jaffa     4.000

Haïfa                   3.900

Jérusalem          3.300

 

Données socio-économiques

Emploi

Le taux d’emploi des Israéliens chrétiens plus de 15 ans est de 67,7%. Le taux est plus faible pour les seuls Arabes chrétiens : 58,7%. Par comparaison, il est de 65,2% pour l’ensemble de la population juive.

Plus de 81% des foyers chrétiens comptent au moins une personne active, là encore une proportion similaire à celle de la population juive.

Education

Les élèves chrétiens de l’enseignement primaire et secondaire représentent environ 1,5% de la population scolaire totale et 5% des effectifs des établissements scolaires arabes israéliens. 87% d’entre eux sont arabes.

Pour l’année scolaire 2017-2018, les élèves chrétiens représentaient 6,7% des effectifs des classes de terminale des établissements arabes de l’Education nationale israélienne, avec un taux de réussite au baccalauréat de 78,8%. A titre de comparaison, le taux de bacheliers pour la même année était de 83% chez les Juifs, 83,1% chez les Druzes et 62,3% chez les Musulmans.

Les chrétiens constituent 2,3% des étudiants de l’enseignement supérieur. 94% sont des Arabes chrétiens.

Leur proportion est la même – 2,3% – pour les études de 1er et 2e cycle. En 3e cycle, ils ne représentent plus que 1,8% de l’ensemble des étudiants.

Ils étudient principalement dans les domaines de l’ingénierie, l’architecture, le droit et la santé.

Statut légal

Les Israéliens chrétiens sont citoyens au même titre que les Juifs et assujettis aux mêmes obligations, à l’exception du service militaire.

Sur le plan du statut personnel, qui est défini en Israël par l’identité religieuse, les Chrétiens dépendent des tribunaux canoniques pour tout ce qui concerne le droit matrimonial, la filiation et les successions. Toutefois, ils ont aussi la possibilité de s’adresser à la juridiction civile des tribunaux aux affaires familiales.

Les Chrétiens non arabes

Les Israéliens non arabes de confession chrétienne sont essentiellement des immigrants ayant bénéficié de la Loi du Retour, qu’ils aient un conjoint, un parent ou grand-parent juif. Ils sont principalement issus des pays de l’ancien bloc soviétique.

Moins nombreux sont les membres de la communauté Falashmura, les Juifs d’Ethiopie convertis de force au christianisme à la fin du XIXe siècle. Ils ne bénéficient pas des dispositions de la Loi du Retour. En revanche, ils ont fait l’objet en 2003 d’une décision du gouvernement et d’une loi spéciale du parlement israéliens, les autorisant à immigrer en Israël. Contrairement aux Juifs éthiopiens de la communauté Beta Israël, les Falashmuras doivent suivre un processus de conversion auprès du rabbinat orthodoxe pour être reconnus comme Juifs.

Enfin, les Chrétiens non arabes comprennent aussi les Araméens, reconnus depuis 2014 comme une identité spécifique, mais seulement sur une base volontariste.

 

  1. Les autres chrétiens

Les Chrétiens non israéliens

Il s’agit principalement des travailleurs migrants qu’Israël a commencé à accueillir à partir de la première intifada à la fin des années 80, pour remplacer la main d’œuvre palestinienne. Le phénomène s’est considérablement accru au cours des deux dernières décennies, pour répondre aux besoins des secteurs du bâtiment, de l’agriculture, mais aussi des services à la personne. Israël comptait fin 2018 plus de 98.000 travailleurs étrangers en situation légale et environ 60.000 en situation illégale (source : Autorité Israélienne de la Population et de l’Immigration). Sur l’ensemble de cette population, environ la moitié sont de foi chrétienne. Ces travailleurs étrangers chrétiens viennent principalement des Philippines, du Sri Lanka, d’Europe de l’Est, mais aussi d’Ethiopie et d’Erythrée. Auxquels il faut encore ajouter les réfugiés et demandeurs d’asile, dont le nombre est en constante évolution et le statut précaire.

Le reste de la population chrétienne non israélienne est constituée d’expatriés en mission professionnelle et de membres de congrégations religieuses.

Le cas de Jérusalem

La capitale israélienne compte environ 12.700 Chrétiens. Plus des trois-quarts d’entre eux ont le statut de résident et non de citoyen, car il s’agit d’Arabes chrétiens habitant dans la partie orientale de Jérusalem, conquise par Israël en 1967. La moitié de la population chrétienne réside en vieille ville dans les quartiers chrétien, arménien et arabe. Les autres vivent dans les autres quartiers arabes de Jérusalem, et quelques centaines dans les quartiers juifs du nord. Un quart de chrétiens non arabes résident principalement à l’intérieur des remparts de la vieille ville, dans les communautés religieuses et les quartiers juifs de la capitale.

En dépit de sa faible représentation démographique – 1,3% de la population – le christianisme est évidemment très visible à Jérusalem, qui compte quelque 160 églises et 120 institutions, sites et lieux de culte, représentant plus d’une quinzaine de communautés différentes.

Les Chrétiens des territoires palestiniens

Bien qu’ils n’entrent pas directement dans cette étude, on rappellera que la population chrétienne vivant dans les territoires autonomes représente environ 1,5% de la population palestinienne totale. Ils résident majoritairement en Cisjordanie, où Bethléem reste la principale ville chrétienne, même si sa communauté constitue moins de 10% de la population. Dans la Bande de Gaza, il reste environ un millier de Chrétiens sur deux millions d’habitants. Contrairement à Israël, la communauté chrétienne palestinienne est en constant recul.

 


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