A propos de l'auteur
Président de l'Association des Chrétiens Araméens d'Israël. Il a obtenu la reconnaissance par Israël de l'identité araméenne et milite pour l'intégration des chrétiens araméens dans la société israélienne, y compris par le service militaire.

Président de l’Association des Chrétiens Araméens d’Israël, Shadi Khaloul rejette toute appartenance à la nation arabe et milite pour une intégration totale des Chrétiens dans la société israélienne, y compris par le service militaire.

Propos recueillis par Pascale Zonszain

 

Menora.info : Depuis 2014, le gouvernement israélien reconnait l’identité araméenne comme une des nationalités représentées en Israël. Pouvez-vous la définir ?

Shadi Khalloul : C’est simple. Il suffit de remonter à la Bible. Abraham, Isaac et Jacob étaient des Araméens. Ce sont les sources de ce que nous appelons Aram Israël. Ensuite, tous ne sont pas devenus monothéistes. D’autres sont restés des païens. Comme par exemple Laban l’Araméen. Ceux qui plus tard ont suivi le Christ se définissaient comme des messianistes, ce que nous sommes encore aujourd’hui.  L’Eglise qui fut fondée par Pierre – Shimon Ben Yona -qui était un Juif araméen, avait un rite en araméen. C’est par les Araméens que le christianisme a atteint Rome avant de se répandre dans toute l’Europe et ensuite vers le reste du monde. Depuis lors, tous nos Patriarches sont issus de la même lignée araméenne et se considèrent comme les héritiers de St-Pierre. Notre église aujourd’hui est maronite syriaque araméenne et a commencé à Antioche. Et nos origines sont ici, en Terre d’Israël. Nous sommes les premiers chrétiens. Et nous perpétuons notre liturgie en araméen pour les principales prières. C’est d’ailleurs le cas pour toutes les églises maronites araméennes partout dans le monde. Notre communauté compte aujourd’hui douze millions de fidèles dans le monde.

Combien y a-t-il de chrétiens araméens en Israël ?

On compte environ 10.000 maronites et 120.000 chrétiens membres d’autres communautés, qui entrent eux aussi dans la catégorie des Araméens, telle que définie par le ministère israélien de l’Intérieur. Cette reconnaissance en 2014 est le résultat de sept années de travail de notre association, pour qu’Israël reconnaisse tous les Israéliens chrétiens comme nous, des citoyens de l’Etat d’Israël originaires des églises d’Orient, en tant que membres de la nation araméenne.

Comment étiez-vous définis auparavant ?

Par une identité qui n’était pas la nôtre : l’identité arabe. En intégrant la nationalité araméenne, Israël a corrigé une erreur de plus de 60 ans. C’est pour nous la preuve du pluralisme et de la tolérance de l’Etat d’Israël et du peuple juif, qui sont capables de comprendre ce qu’est réellement notre identité, plutôt que de nous en imposer une qui n’a jamais été la nôtre. C’est l’islam qui avait tenté durant plus de quatre cents ans de nous convertir, sans y parvenir. Et maintenant c’est Israël qui a compris qu’il ne faut pas nous imposer ce qui n’a aucun lien avec qui nous sommes. Imaginez ce que peut éprouver une femme que l’on va inscrire à l’état-civil comme un homme. Elle aura beau protester de ce qu’elle sait, on ne l’écoutera pas. C’est ce que nous avons pu ressentir en étant définis comme arabes.

Quel est votre rapport à l’Etat d’Israël et à la société israélienne ?

Je me sens d’abord et avant tout israélien. Je me présente même aux prochaines législatives sur la liste du parti Israël Beitenou. Je considère de ma responsabilité  de conduire et d’intégrer toute ma communauté dans l’Etat d’Israël. L’Etat d’Israël n’est pas seulement le foyer des Juifs. Il est celui de tout citoyen loyal envers le pays, à quelque minorité qu’il appartienne. Il doit participer et défendre ce pays, un Etat juif et démocratique avec une liberté de culte pour tous, et où tous peuvent se sentir égaux s’ils sont vraiment prêts à s’y intégrer et à le défendre et à jouir des mêmes droits, comme citoyens égaux en droits, mais aussi en devoirs.

Défendre l’Etat d’Israël, cela veut dire aussi servir dans l’armée ?

Evidemment ! C’est ce qu’il faut faire pour qui veut se sentir partie intégrante de ce pays et contribuer à sa sécurité. Et nous savons combien l’environnement est hostile. Si nous voulons protéger le pays et préserver ses défenses intérieures comme extérieures, il est de notre devoir d’encourager à l’incorporation dans Tsahal. Et cela contribue aussi à l’intégration. C’est le premier devoir si l’on veut que l’Etat reste fort et qu’il soit en paix et en sécurité. A partir du moment où l’on sert dans l’armée, les relations avec le pays sont plus ouvertes, les relations entre les différentes populations qui le composent sont meilleures, la compréhension mutuelle s’améliore. L’autre est mieux perçu et mieux accepté. Et par le service militaire s’établit aussi une meilleure coexistence et une appartenance à une identité commune, l’identité israélienne.

Comment se passe l’incorporation de soldats chrétiens dans Tsahal ?

Dans le cadre de mon activité à la tête de l’Association des Araméens d’Israël, j’encourage nos jeunes à faire leur service militaire [ils s’engagent sur une base volontariste et pas par conscription, NDLR]. J’ai aussi fondé le premier établissement judéo-chrétien de préparation au service militaire, qui forme ensemble les futurs appelés des deux religions. Nous en sommes déjà à notre quatrième année. Cela veut dire que trois promotions ont déjà été intégrées dans les rangs de Tsahal. Certains de nos jeunes sont déjà officiers. Et je suis confiant qu’ils poursuivront cette coexistence quand ils reviendront à la vie civile. Car c’est la vraie communauté, la vraie vie en commun. Au contraire, ceux qui sont toujours contre tout, le pays les rejettera.

Combien y a-t-il actuellement de soldats chrétiens servant dans les rangs de l’armée israélienne ?

Ils sont 400. Et je tiens à rappeler qu’ils sont des chrétiens araméens arabophones et non pas des Arabes chrétiens.

Votre vision est très différente, voire à l’opposé de la position des Arabes israéliens et de leur direction politique ?

Mais c’est notre position et nous la défendons en dépit de tous les périls et des menaces dont nous faisons l’objet de leur part. Les Arabes y voient un défi à leur propre définition. Car nous leur proposons une définition à laquelle ils ne se sont pas adaptés. Peu à peu, notre définition gagne pourtant en influence dans la société arabe, mais aussi dans la société juive et même dans les autres minorités vivant en Israël. Car c’est le seul moyen de protéger l’Etat d’Israël. Déjà en 1937, le Patriarche maronite Antoine Arida avait accueilli au Liban des Juifs  persécutés en Europe, mais aussi dans la région. Et en 1947, il avait soutenu la création d’un Etat juif en Terre d’Israël et la création d’un Etat chrétien maronite au Liban, qui vivraient tous deux en bonne entente et en paix, comme les Etats de deux minorités persécutées au Proche-Orient.

Etes-vous en relations avec les autres communautés chrétiennes au Proche-Orient ?

(Soupir). Hélas ! Nous avons moins de relations que nous le voudrions. Car elles ont peur, si elles entretiennent des rapports avec nous, d’être accusées de collaboration avec Israël. Ici, nous sommes en démocratie et libres de parler avec qui nous voulons, tant que cela ne met pas en danger la sécurité nationale.

 


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