A propos de l'auteur
Richard Darmon est expert en géopolitique et journaliste international. Editorialiste, analyste des réalités moyen-orientales et spécialiste du décryptage des manipulations médiatiques, Richard Darmon a participé à la rédaction de plusieurs grands journaux et médias francophones.Il a été le fondateur le rédacteur en chef, sept années durant, de l’édition française du “Jerusalem Post” en français. Il donne des conférences dans toute l'Europe sur les grands dossiers géopolitiques et les conflits du Moyen-orient, sur la scène socio-politique israélienne, ainsi que sur les grands défis du monde juif. Ce texte est extrait de la recherche effectuée par Richard Darmon intitulée « Les dilemmes éthiques de l’armée israélienne dans les conflits asymétriques en zones urbaines à Gaza ».

Plus de 90 % des citoyens juifs d’Israël assistent au Séder de Pessah : c’est ce qui ressort des chiffres parfois surprenants sur le lent et profond processus de retour à l’identité juive s’opérant depuis plusieurs décennies au sein de l’Etat hébreu publiés dans trois enquêtes très sérieuses menées sur 30 ans conjointement par l’Institut Guttman de Jérusalem pour la Recherche sociale appliquée, l’Institut de la Démocratie israélienne à l’université de Tel-Aviv et la Fondation Avi Chaï. 

 

Décelé dès 1991 – en pleine vague de l’« alya russe » – dans l’étude alors publiée par l’Institut Guttman et intitulée « Croyances, pratiques religieuses et interaction sociale parmi les Juifs israéliens », ce lent retour aux valeurs juives d’une partie importante du public de l’Etat hébreu s’est en fait encore approfondi dans les 25 années suivantes, comme en attestent les résultats parfois sidérants  des deux autres enquêtes menées en 1999 et 2009 intitulées « Un portrait des Juifs israéliens ».

Ainsi dans l’enquête de 2009, alors que 43 % des quelque 2 600 interrogés s’auto-définissent comme des « laïcs ouverts » (donc pas antireligieux), 32 % comme des « traditionnalistes », 15 % comme des religieux  « orthodoxes » et 7 % comme « ultra-orthodoxes » (harédim), on constate que ces définitions ne traduisent pas les rapports concrets et souvent très différenciés et atypiques de ces divers « secteurs » de l’opinion avec les valeurs et les pratiques quotidiennes et concrètes  de la vie juive.

 

Les chiffres de cet étonnant retour non-conventionnel au judaïsme

 

Il s’avère ainsi, d’après les chiffres de cette 3ème enquête (menée très sérieusement, comme les deux précédentes, sur un « échantillon représentatif » d’Israéliens juifs adultes de près de 2 500 personnes) , que 94 % des Juifs israéliens font la circoncision de leurs fils, 91 % leur Bar-Mitsva (63 % font une Bat-Mitsva à leurs filles), 92 % observent la « semaine de deuil » pour un proche (shiva), 90 % disent pour lui a prière du « Kaddisch », 86 % lui font un enterrement juif, et 80 % se marient devant un rabbin.

Le niveau de respect des grandes fêtes du calendrier hébraïque est encore plus étonnant : 90 % assistent au Séder de Pessah (67 % ne mangent pas d’aliments avec du levain pendant 8 jours), 82 % allument les bougies de Hanouka, 68 % respectent sérieusement le Yom Kippour, 36 % assistent à la lecture de la Méguila d’Esther à Pourim, pendant que 85 % « marquent le coup » d’une manière ou d’une autre pour chacune des grandes fêtes du calendrier hébraïque.

Pour ce qui est du chabbat, 84 % passent leur samedi en famille, 69 % font ensemble un repas le vendredi soir, 66 % allument les bougies et 60 % disent le Kiddouch du vendredi soir… Et ce, même si 65 % regardent leur télé, 52 % continuent de surfer sur Internet et 37 % s’adonnent à une activité sportive, pendant que 29 % mangent en dehors de chez eux et que seulement 11 %  travaillent ce jour-là comme salariés.

Par ailleurs, 76 % mangent casher chez eux, 72 % ne mangent jamais de porc et   70 % mangent aussi  casher à l’extérieur. 71 % considèrent l’étude des textes du judaïsme (Bible, Michna, Talmud, etc.) comme « importante », alors que 16 % seulement s’y adonnent concrètement, mais que 24 % se rendent en pèlerinage sur les tombeaux des grands Sages juifs et que 13 % disent consulter régulièrement un rabbin sur leurs problèmes personnels et/ou familiaux, 17 % se disant intéressés par les « expériences musicales » du judaïsme…

Côté foi en Dieu, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 80 % déclarent que « Dieu existe », 80 % qu’un bon comportement humain entraîne une « récompense divine », 77 % pensent qu’un  « pouvoir supérieur » gouverne le monde, 72 % disent que prier permet de se sortir d’une mauvaise situation, 67 % considèrent le peuple juif comme « élu » par le Créateur, 65 % que la Torah et ses commandements sont d’ordre divin, pendant que 56 % croient dans « le monde futur » (olam aba) et 51 % en la venue du Messie, 34 % estimant que les non-religieux « mettent en danger tout le peuple d’Israël »…

 

Fait intéressant attestant de ce lent processus de retour aux valeurs juives : déjà en 1995, le quotidien Yédiyot Aharonot – peu suspect de sympathie envers l’engagement juif « religieux » – avait publié une « enquête fleuve » (même pas deux ans après les accords d’Oslo de septembre 1993)  à laquelle il avait consacré son titre de « une » expliquant que lors de la dernière décennie (1985-1995) « plus d’un million d’Israéliens ont modifié leurs rapports au judaïsme », les uns, même athées, s’intéressant désormais à certains contenus de la Connaissance juive, les autres devenant « traditionnalistes », et les derniers passant de leur traditionalisme à une observance partielle ou même totale des préceptes de la Torah.

 

Le rôle tout à fait paradoxal du « facteur russophone »

 

Fait illustrant la complexité » et l’originalité de ce processus de retrouvailles progressives avec les valeurs juives et du judaïsme, en marche depuis un quart de siècle dans le pays : en analysant de manière comparative – graphiques détaillés à l’appui – les variations des réponses apportées par les Israéliens d’origine russe aux diverses questions aboutissant aux pourcentages globaux cités plus haut, se dégage un phénomène étonnant et assez remarquable.

En effet, on constate, d’abord dans la seconde enquête de 1999 (effectuée quelques années après la grande vague de l’immigration russe en Israël ayant débuté dès 1990),  que la plupart des réponses à tous ces « marqueurs » de l’identité juive israélienne ont subi une légère baisse par rapport aux chiffres relevés en 1991. Pas étonnant ,puisque l’afflux démographique juif alors en provenance de l’ex-URSS (en tout, près d’un million de personnes sur les 5,5 millions d’Israéliens de l’époque !) était composé d’une majorité écrasante de gens « déjudaïsés » par 70 ans de communisme stalinien et sans liens ni connaissance solides du contenu du judaïsme et de ses pratiques.

Or il s’est avéré que dans la 3ème enquête de 2009, ces mêmes pourcentages ont étonnamment remonté, la plupart dépassant même – parfois de loin –  les chiffres relevés en 1991 avant que « l’influence » de l’immigration ne se fasse sentir ! L’explication des experts, auteurs de ces enquêtes sur ce phénomène, ne fait que corroborer notre analyse sur le large processus de retour à la tradition désormais en cours  : ils expliquent ainsi qu’après une phase (celle « photographiée » en 1999) où l’énorme volume de l’alya russe a quelque peu statistiquement « dilué » et affaibli le facteur identitaire juif israélien, la décennie suivante a de facto vu ces immigrants de l’ex-URSS, même les moins « religieux » à leur arrivée, peu à peu s’« israélianiser »  à mesure de leur insertion progressive dans la société d’un pays juif, lui-même en mutation, en adoptant notamment  certaines pratiques et coutumes devenues très courantes surtout chez les traditionnalistes israéliens de leur entourage et/ou de celui de leurs enfants et petits-enfants s’étant mariés à des Israéliens sabras (brith-milah,  semaine de deuil, allumage des bougies de chabbat et célébrations – il est vrai souvent très différenciées – des grandes fêtes et moments du calendrier hébraïque).

 

De plus en plus de « yéchivot laïques » !

 

Fait illustrant aussi l’ampleur de tous ces changements : plus d’une centaine de lieux d’études et de prières  indépendants existent aujourd’hui aux quatre coins du pays, y compris dans des grandes villes comme Tel Aviv et et même Haïfa : un développement-champignon qui illustre ce phénomène de ressourcement authentique et de recherches des racines juives en plein essor dans de nombreux secteurs de la société israélienne.

Alors qu’on n’en comptait en l’an 2 000 qu’une petite trentaine dans tout le pays, les « yéchivot laïques » et autres lieux d’études indépendants ont pullulé depuis, regroupant à présent plusieurs dizaines de milliers d’Israéliens, souvent en dessous de la quarantaine, qui disent « chercher leur voie » au plan spirituel, mais sans rejoindre l’une des nombreuses chapelles de l’orthodoxie traditionnelle ou un « courant de pensée » religieux déjà bien marqué.

Ainsi à Tel-Aviv – dans les quartiers huppés du nord de la cité comme Ramat Aviv Guimel comme au sud dans les zones plus populaires et dans la banlieue adjacente de Holon (avec sa forte proportion d’immigrants russes),  plusieurs Batei-Midrach de ce genre ont ouvert leurs portes au fils des ans, chacun avec son public local et spécifique.

 

Des structures alternatives, diversifiées et très bigarrées pour un retour aux sources très atypique

 

Fonctionnant une à deux heures par jour ou bien seulement deux à trois fois par semaine, ces lieux d’études sont animés soit par des rabbins indépendants (orthodoxes et/ou sionistes-religieux), qui veulent raviver ainsi l’identité juive de jeunes souvent sans racine en répandant une connaissance plus approfondie du judaïsme par l’étude suivie des textes bibliques et talmudiques ; soit carrément par des membres plus militants des divers mouvements du judaïsme laïc, comme le Groupe Tivon (surtout estudiantin), l’organisation Elul de Jérusalem (où participent aussi des religieux plus orthodoxes), ou bien encore le Centre Bina pour des Etudes juives et le Séminaire Oranim (issu du mouvement kibboutzique) qui sont ensemble les véritables inventeurs et initiateurs de la yéshiva laïque.

 

A ce propos, une enquête publiée par l’Institut Shitim et effectuée sur une soixantaine de kibboutz laïcs du pays a établi qu’une partie de leurs membres avaient tendance, ces dernières années, à se rapprocher des coutumes juives et de certaines traditions. Marqué par l’ouverture de plus en plus fréquente de synagogues dans ces kibboutz longtemps considérés comme ultra-laïcs, ce phénomène est surtout repérable le jour de Kippour qui est souvent chômé et où – avec ou sans synagogue – certains se livrent à un examen de conscience et d’introspection ainsi qu’à des discussions de fond entre « camarades ». Et ce, alors qu’une proportion significative de gens – entre 20 % et 60 % selon les kibboutz – -choisissent de jeûner tout au long de ce jour  comme l’exige la Loi traditionnelle juive.

 

Lieux de prières laïcs, mariages non-rabbiniques, accueil du chabbat en musique…

 

Démarrée paradoxalement au milieu des années 1990 (notamment dans le sillage du meurtre d’Itzhak Rabin, un drame national qui a poussé de nombreux Israéliens sans aucune culture juive à justement s’interroger sur le judaïsme), cette floraison de lieux d’études alternatifs où se côtoient et dialoguent souvent entre eux des personnes se disant laïques et des gens plus observants a naturellement débordé du seul domaine de l’étude juive pour s’étendre ces dernières années à d’autres aspects essentiels du vécu juif quotidien.

Ainsi se multiplient dans le pays des lieux de prières  eux aussi indépendants, dont les membres refusent d’être affiliés même aux groupes religieux dits « plus ouverts » comme les Conservatives ou les Réformés – eux aussi très actifs pour attirer certaines « brebis égarées ».

Et puis il y a aussi toutes sortes de petites associations (comme l’Institut des Rites juifs laïcs ou bien Tkasim), voire des organismes locaux devenus au fil des ans des spécialistes des mariages « laïco-religieux » : les couples qui disent refuser les formes du mariage orthodoxe traditionnel s’y marient pourtant sous un dais nuptial, font des bénédictions sur le vin, cassent un verre en souvenir de la destruction du Temple de Jérusalem, et parfois même échangent une ketouba (contrat de mariage halakhique) entre amis seulement, mais sans délégué du rabbinat.

On a vu aussi se multiplier ces derniers temps des initiatives assez originales  comme l’organisation de « chabbats en musique » – permettant, par exemple, à un groupe donné de personnes réunis chaque samedi dans les salles d’un lycée de Haïfa, de vivre à leur manière la « spiritualité » de la journée traditionnelle du repos hebdomadaire même en dehors des cadres habituels et, selon eux, « contraignants » de la Halakha (la Loi juive traditionnelle)…

Plus encore : se multiplient le vendredi en fin d’après-midi  dans les grandes villes d’Israël – notamment à Tel-Aviv sur la promenade du front de mer (voir notre article sur ce sujet) et aussi à Jérusalem – des cérémonies mixtes et de plus en plus fréquentées de « Kabbalat chabbat » (réception du chabbat), lors desquelles de nombreux participants de tous âges et aux parcours personnels les plus bigarrés vivent ensemble dans la sérénité et la méditation un moment de spiritualité partagé souvent agrémenté de chants et… de musique !

 

Du machiah ben Yoseph au machiah ben-David ?

 

Autant de phénomènes qui confirment que le vécu spirituel en profondeur d’Israël est en pleine évolution et, en tous cas bien moins caricatural que celui qu’évoquent souvent certains médias internationaux présentant le Pays des Hébreux au bord d’une kulturkampf : la prétendue  « guerre culturelle » qui se préparerait entre Juifs  laïcs et Juifs religieux…

Bien plus profondément et en essayant de pénétrer les soubassements et la « trame intérieure » de ce retour massif mais très multiforme et atypique au judaïsme ainsi qu’à certaines formes de sa tradition dite « religieuse » – que l’on pourrait peut-être qualifier, en allant vite, de « méditerranéenne » -, il semble que l’Israël contemporain se trouve dans une longue période intermédiaire de mûrissement et de processus identitaire et spirituel, déjà envisagé dans le corpus et les textes de la Connaissance et de la Sagesse millénaires d’Israël.

Ainsi vivrait-on actuellement la fin d’une première phase « constructrice » de l’histoire d’Israël revenu sur sa terre après 20 siècles d’exil, lors de laquelle le peuple-nation a réussi à rétablir progressivement les structures « physiques » indispensables à son existence : une armée, une agriculture, une économie, des structures sociales, un cadre étatique national et des institutions centrales (mêmes si souvent insatisfaisants, voire défaillants). Autant d’acquis matériels que les Sages d’Israël définissent comme la période du machiah ben-Yoseph, à l’instar du patriarche Yoseph, fis de Yaakov-Israël, devenu en exil au Pays du Nil, le « nourricier » des Hébreux et… des Egyptiens.

Or, d’après les Sages décrivant ce processus, succèdera à cette phase « nourricière » et économiste (voir justement la success story du high-tech israélien), une époque beaucoup plus riche au plan spirituel avec toutes les incidences qu’un tel enrichissement pourrait avoir sur l’organisation sociale et étatique du pays, ainsi que sur l’image et le rayonnement d’Israël dans le monde : celle du machiah ben-David qui sera marquée par le retour du peuple-nation à ses valeurs et à son identité propre et authentique (dont la malkhout – l’exercice harmonieux et renseigné d’une souveraineté juive et hébraïque authentique sur la terre d’Israël), ainsi qu’à son héritage toraïque, non pas entendu comme une « religion » ou une Loi au sens étroit, mais comme une « proposition de civilisation » ou, plus essentiellement – comme l’avait suggéré le rav Léon Ashkénazi (Manitou) – comme « une certaine manière d’être homme ».

C‘est aussi ce même processus messianique fait de deux étapes et d’une phase intermédiaire que décrit Maïmonide (Rambam) quand il précise dans ses Hil’hot Melakhim (Lois sur la Souveraineté politique) que la délivrance d’Israël s’opèrera d’abord par le « petit rassemblement des exilés » (kibboutz galouyot katan ou encore Shofar katan), puis par le « grand rassemblement des exilés » (kibboutz galouyot gadol ou encore Shofar gadol), deux moments liés entre eux par la phase transitoire de l’émergence d’un pouvoir juif souverain en terre d’Israël s’affranchissant de la dépendance vis-à-vis des autres nations (yetsia michiaboud malkhouyot)

Et, au fond, cette rédemption en deux temps – à l’enchaînement desquelles on peut penser que nous nous trouvons actuellement, en gros depuis deux décennies en Israël -, ne correspond-elle pas aux deux moments successifs de la fameuse « Vision des ossements desséchés » entrevue par le prophète Ezéchiel (Chapitre 37, versets 6, 12 et 14 *) qui décrit, dans un premier temps, la reconstitution physique des « corps morts » d’Israël (recouvrant grâce au souffle divin – même au départ sous la forme d’os desséchés – leur individualité corporelle, puis leurs ligaments, leurs nerfs et leurs muscles, avant de pouvoir se mettre debout et marcher ensemble de leurs sépulcres jusqu’à leur Terre…), auxquels ensuite le « rouah » (l’esprit divin) va donner force et dynamisme pour qu’ils revivent authentiquement une existence pleine de sens.

Celle-là même qui contrastera tant avec la « conscience tragique » occidentale et avec le « mektoub » fataliste et aveugle de l’islam !?     

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 (*) « (…) Je mettrai sur vous des nerfs, je ferai croître autour de vous de la chair, je vous envelopperai d’une peau ; puis je mettrai en vous le souffle, et vous vivrez ; et vous reconnaitrez que je suis l’Eternel. (…) Voici que je rouvre vos tombeaux, et je vous ferai remonter de vos tombeaux, ô mon peuple ! Et je vous ramènerai au pays d’Israël. (…) Je mettrai mon esprit en vous et vous serez vivifiés, et je vous assoirai sur votre sol, et vous reconnaitrez que je suis l’Eternel, qui ai parlé et qui exécute, dit l’Eternel ».

 



 

Une jeunesse israélienne de moins en moins « laïque

Une enquête d’opinion* menée parmi les jeunes  de 15 à 24 ans de tous les secteurs de la population vient de révéler qu’une nette majorité des membres de jeunesse israélienne se définissent désormais comme « moins laïques » que lors de la précédente enquête du même genre effectuée en 1998.

Corroborés par les analyses détaillées publiées sur les derniers scrutins électoraux nationaux attestant parallèlement d’un net glissement à droite de l’échiquier politique des jeunes citoyens du pays, ces résultats montrent que la jeunesse israélienne a entamé un processus de rapprochement du judaïsme : alors qu’en 1998 la moitié des jeunes se définissaient comme « laïcs » et seulement 9 % comme « religieux-orthodoxes », aujourd’hui seulement 40 % se disent laïcs pendant que 15 % se déclarent orthodoxes. En parallèle au plan politique,  67 % des jeunes Juifs se disent de droite (ce qui inclue le centre- droite), alors que 16 % s’affichent  à gauche.

Cette étude met aussi en exergue la  progression d’un sentiment de pessimisme au sein des jeunes laïcs. Alors qu’en 1998,  on comptait 85 % de la totalité des jeunes Juifs se disant certains que leurs aspirations se concrétiseraient en Israël, ils ne sont plus aujourd’hui que 56 % (dont une écrasante majorité de pratiquants). 73,9 % d’entre eux pensent que la priorité n° 1 du gouvernement devrait être le coût trop élevé de la vie. En cas d’antagonisme  entre les impératifs sécuritaires et les « principes démocratiques », 82 % des jeunes de 21 à 24 ans préfèrent la sécurité.

Cinq types de « conflits » déchirant la société israélienne ont été soumis aux personnes interrogées pour leur demander de choisir celui qui, selon eux, mettrait le plus le pays en danger : l’opposition gauche-droite, le face-à-face religieux-laïcs, la fracture riches-pauvres, le conflit Juifs-Arabes ou bien encore entre Ashkénazes et Sépharades. Au final, une majorité de jeunes a désigné le conflit Juifs-Arabes comme le plus dangereux  pour la société en danger, le conflit Ashkénazes-Sépharades étant classé en dernier.

Comme les autres enquêtes d’opinion portant sur l’ensemble de la population, cette étude a établi que les jeunes israéliens perdent confiance dans les institutions de l’Etat, dont la justice, la police, la Knesset et même Tsahal. Ainsi seulement 40 %  d’entre eux accordent à l’armée une confiance complète. Ce qui corrobore la tendance qui s’est progressivement affirmée ces deux dernières décennies voulant que de plus en plus de jeunes « religieux » servent dans les unités d’élite de Tsahal… en lieu et place de ceux du Hashomer hatsaïr, des kibboutzim  et des autres mouvements de la jeunesse israélienne de gauche.

*Enquête effectuée au printemps 2017 par le Merkaz Lé-Kalkala Médinit (Centre d’Economie publique) et la Fondation Freidrich Abert – qui réalisent ensemble ce genre d’études tous les six ans – et qui a été citée le 11 mai dernier par le quotidien Yédiyot Aharonot et le lendemain par la Chaine 20  de télévision israélienne (Arutz Esrim).

 



 

Chabbat à la fois traditionnel et newlook à Tel-Aviv…

C’est devenu presque une banalité de citer l’exemple de Tel-Aviv pour parler du Jewish revival actuellement en cours en Israël ! Pas seulement parce que c’est bel et bien cette grande métropole méditerranéenne qui compte en Israël le plus de synagogues et de lieux de prières (plus qu’à Jérusalem !), notamment grâce à l’apport, ces dernières années, de l’alya (surtout française et américaine) en provenance des pays occidentaux, dont les nouveaux immigrants, habitués à la vie communautaire, ont largement contribué à la réouverture et à la réactivation de nombreuses synagogues jusque-là quasi-abandonnées ou désertées. Avec pour résultat que certaines sont devenus des lieux hautement fréquentés et polyvalents : à la fois synagogues, centres communautaires et points de ralliement des associations et des activités en tous genres  à vocation sociale.

Plus encore : le retour et l’intérêt pour « la chose juive »  de toute une série de jeunes ayant grandi pendant des décennies dans cette ville loin de tout judaïsme synagogal ou toraïque a généré aujourd’hui de nouvelles réalités et pratiques non-conventionnelles autant qu’inclassables ! Ainsi voit-on souvent le samedi matin de jeunes pères de famille (baalé techouva à leur manière) revenir de la plage vers 10  h avec leurs enfants, habillés en shorts et en sandales, pour assister à la 2ième partie de l’office du matin dans les nouveaux lieux de la vie juive locale et au fort sympathique kiddouch communautaire qui s’en suit.

En fait, qui ne s’est pas promené le chabbat sur la longue ballade du front de mer et du port de Tel-Aviv ne saurait se faire une idée complète de ce renouveau à la fois vivifiant et atypique (bien que spécifiquement israélien !) en cours dans le pays : l’on y côtoie en effet nombre de jeunes ou moins jeunes couples – avec ou sans kippa et/ou boucles aux oreilles – déambulant souvent avec leur famille, elle-même composée de plusieurs enfants. Ce qui témoigne en même temps de la forte vitalité démographique d’Israël (1er taux de fécondité féminine au sein de l’OCDE), comme de l’exubérance créatrice et tout à fait non-conventionnelle de la vie familiale tel-avienne… Mais aussi de la belle mort, heureusement prématurée, du post-sionisme !



 


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