A propos de l'auteur
Professeur émérite des universités, directeur de Dialogia, fondateur de l'Université populaire du judaïsme et de la revue d'études juives Pardès. Dernier livre paru Le nouvel État juif, Berg international, 2015; en hébreu Gvuloth Auschwitz, Resling, 2016.

La manifestation de mardi nous replonge dans le passé d’il y a 39 ans. C’est un remake de la manifestation nationale qui voulait réagir à Copernic (octobre 1980). On se rappelle son scénario: lancée par le parti socialiste, elle  fut une étape importante dans son accession au pouvoir (mai 1981).  Elle annonçait la stratégie du Front anti fasciste contre Le Pen que Mitterand allait mettre en œuvre pour sauver son deuxième mandat. Elle accusait l’extrême droite – c’est le fondement de cette stratégie – alors qu’il apparût plus tard que la source était le terrorisme palestinien. Ensuite, il y eût la manifestation de Carpentras et, depuis, une kyrielle de manifestations contre l’antisémitisme, au fil des attentats. Le lendemain de l’assassinat d’Ilan Halimi, on accusa l’extrême droite et à nouveau une manifestation spontanée se tînt, inspirée par le parti socialiste. Demain c’est à nouveau le parti socialiste qui remet cela avec une manifestation contre l’agression dont à été victime Alain Finkielkraut soudain devenu le témoin de 74% d’augmentation des actes antisémites, en invitant tous les partis sauf le parti de Marine Le Pen. A nouveau le même syndrôme.

Ces grands exercices de défouloir collectif semblent propres à la France. Ils devraient être analysés sociologiquement comme des phénomènes en soi. Peut être aussi psychanalytiquement. Ils n’ont rien à voir avec une sollicitude en faveur des Juifs. Copernic était significatif comme modèle global. En règle générale, ces grands mouvements de masse cachent la vraie cause de l’événement. Copernic donna le ton (mais uniquement en après-coup) : derrière l’extrême droite pointait un profil en rapport avec la haine d’Israël du monde arabo-musulman, déguisée en “mouvement de libération” du “peuple palestinien” d’alors. Tout au long des années 2000, avec l’avancée du nouvel antisémitisme, la mise en accusation de l’extrême droite a caché la cause islamiste que les victimes (500 agressions en 2000-2001) identifiièrent  pourtant parfaitement, ce qui leur valut d’être accusées de “racisme anti-arabe”, de “tensions communautaires” et autres fadaises journalistiques.

J’ai entendu dans les quelques débats qui ont eu lieu autour  de l’agression de Finkielkraut  certain rappeler à nouveau qu’il fallait certes lutter contre l’antisémitisme mais aussi contre l’islamophie. C’est l’autre version de l’occultation de l’antisémitisme qui s’est développée durant ces 30 ans. Si les deux phénomènes sont semblables, cela veut dire – et les faits le corroborent – qu’on écarte en principe le fait que parmi ceux qui souffrent de l’islamophobie, il puisse y avoir de l’antisémitisme. Comment, “logiquement”, une victime pourrait-elle être le bourreau d’une autre victime? Donc pour lutter contre l’antisémitisme on doit lutter avant tout contre l’islamophobie. C’est ce scénario qu’a accrédité dans ses origines (mitterandiennes) SOS Racisme. Dans cette version, il est affirmé implicitement cependant qu’il ne faut pas se tromper de victime. Cependant on rassemble toute la puissance symbolique que draine l’antisémitisme (nazisme…) pour la mettre au service de l’islamophobie.  Comme l’extrême droite s’en prend aux musulmans, selon ce discours, quand elle attaque un Juif, c’est un musulman qu’elle attaque, de sorte que l’islamophobie est au centre de la lutte anti-raciste. Ce n’est plus alors l’extrême droite qui occulte la cause islamiste de la haine d’Israël, mais l’islamophobie et la lutte à son encontre, la compassion pour la vicitime islamique.

C’est un cas exceptionnel que le manifestant qui a agressé Finkielkraut en prononçant son cri “Dieu vous punira” se soit “vendu” en avouant son profil. Il s’avère que selon la police, c’est un militant salafiste. Du coup dela donne une autre perspective sur les manifestations de gilets jaunes et la violence à laquelle elles donnent lieu. Les gilets jaunes, vraie crise de régime, comme cheval de Troie des Frères musulmans et des islamistes (et de quelques autres, notamment l’extrême gauche alliée du Hamas et de la “Palestine”, une alliance dans laquelle on rencontre le courant soralien, composé des extrêmes: droite et progressisme)?

Ce syndrome très complexe et dialectique peut-être vérifié objectivement: les partis politiques sous l’égide desquels la grande manifestation est appelée à se réunir pratiquent
l’Israel-bashing permanent avec leur fable palestinienne, entièrement adoptée par les islamo-gauchistes, la gauche en général, mais aussi la droite, une fable et son complément de boycott, entièrement gérée par l’Autorité Palestinienne et ses relais dans tout le monde occidental. L’impact de cette fable mensongère est quotidien.

La terrible défaillance d’Israël et du monde juif en général est de pas l’attaquer avec la même hargne que les Palestiniens mettent à l’imposer comme seule version du conflit du Moyen Orient. L’effet de cette fable est une réalité médiatique quotidienne depuis plus de 20 ans, au point d’aaoir créé une seconde conscience de la chose, comme on “une seconde nature”. Or cette fable est le noyau, le condensé de la haine d’Israël qui est la nouvelle forme de la haine antijudaïque dans le monde musulman, et maintenant en Occident, une haine motive par la religion[1].

Les grandes déclarations, les manifestations de masse ne sont qu’un effort suprême de l’inconscient collectif pour refouler avec violence la vérité nue que l’Occident n’a plus la force d’affronter chez lui même et en son nom propre[2]. A nouveau, les Juifs objets de cette compassion douteuse sont l’objet sacrifié sur l’autel du mensonge collectif[3].


[1] Cf. Le colloque organisé récemment par Dialogia et le Think Tank “Politique juive”

[2] Sur ce plan-là il est significatif que les 5 désécrations d’Eglise perpétrées en France ces derniers temps n’ont été relayées par les médias que par la lucarne ouverte pour l’affaire Finkielkraut. Sinon, les médias n’en auraient jamais parlé? Silence: fake news officielles.

[3] Reportez-vous aux sites que nous avions créés il y a plus de 20 ans et dont les débats qu’ils ont ouverts, les informations et les analyses qu’ils ont publiées n’ont pas pris une ride. Pas une seule ride! LObservatoire du monde juif: obs.monde.juif.free.fr, et la revue Controverses: controverse.fr. Une banque de données a été réalisée sur la base de toute la matière qu’ils rassemblent sur menora.fr


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