A propos de l'auteur
Jean-Pierre Bensimon, professeur de sciences sociales, ancien cadre de l'Éducation nationale et rédacteur en chef de la revue Controverses, membre d' un groupe de recherche "Religions et territorialités" (Université Aix-Marseille)

 

L’offensive sur Mossoul occupé par l’état islamique a permis de libérer d’emblée un certain nombre de villes et villages chrétiens de la plaine de Ninive, en particulier Qaraqoch, une grande citadelle chrétienne d’orient. Le spectacle de son église martyrisée et du désespoir des premiers fidèles arrivés sur place confirmait la violence de la tornade qui avait frappé les édifices, les biens, les corps et les âmes. Elle s’était abattue au mois de juin 2014, lors de la prise de la prise de contrôle de la plaine de Ninive par les djihadistes de l’état islamique. Ces évènements rappelaient brutalement à l’opinion occidentale le calvaire enduré par les chrétiens d’Orient et la fragilité de leur situation. Ceux qui étaient pris avaient dû faire le choix entre la conversion à l’islam, la dhimma[1], ou la mort. Dans ces circonstances, s’il plait au bourreau, ce peut être la réduction à l’esclavage. La minorité yézidie a été la plus lourdement frappée par les exécutions des mâles pubères, la réduction en esclavage des femmes et la conversion des jeunes enfants brièvement formés et envoyés au front. [2] Beaucoup de chrétiens avaient pu fuir vers les zones kurdes à la faveur du chaos provoqué par l’arrivée des nouveaux conquérants.

Ces horreurs faisaient suite aux attentats, enlèvements, assassinats, rançonnages, qui ont égrené l’actualité quotidienne des chrétiens irakiens depuis l’effondrement du régime de Saddam Hussein. Aussi, l’idée d’une fin de partie pour le christianisme dans l’Orient islamisé est en train de s’imposer. On garde le souvenir des tueries de masse infligées aux chrétiens du Soudan, victimes de la pire des guerres de religion depuis le second conflit mondial. Et l’actualité rafraichit régulièrement cette sinistre mémoire. Les épreuves récurrentes des Coptes en Égypte [3] précédaient les bombes dans les églises irakiennes, la montée du radicalisme chiite au Liban, les crimes odieux de Boko Aram rallié à l’état islamique, ou le destin insupportable d’une Asia Bibi au Pakistan.

Le chef du mouvement catholique Les Chevaliers de Colomb, Carl Anderson, traduisait récemment à New York l’inquiétude partagée: « Je crois que nous sommes à la croisée des chemins pour l’avenir du christianisme -et du pluralisme- au Moyen-Orient. Soit le christianisme survivra …, soit il disparaitra, provoquant un appauvrissement religieux, ethnique et culturel de la région. »[4].

La tendance à l’extinction du christianisme d’Orient recouvre une double réalité. Celle de la rupture de la chaîne de transmission autochtone d’une foi, d’une ou de plusieurs liturgies, d’une ou de plusieurs langues sacrées, ainsi que par l’interruption de la formation et de l’ordination d’un clergé du cru. Et celle du vide démographique, c’est-à-dire de la disparition du peuple socle de la foi du Galiléen, Sauveur du Monde, au Moyen-Orient. Il s’agit en fait d’un nettoyage ethno-religieux, d’une « purification » religieuse plutôt qu’ethnique. Car l’islam ne connait pas les races, ni les nations, ni les ethnies, sauf sans doute l’ethnicité reine des peuples arabes. Ceux-ci possèdent la langue dans laquelle le Prophète a reçu les messages divins, le seul canal authentique pour saisir dans leur essence les sourates adressées par Allah à son Envoyé. L’islam ne sépare pas les hommes selon des critères biologique ou raciaux mais exclusivement en fonction de la reconnaissance ou pas de Mahomet comme Prophète, ou Envoyé de Dieu. C’est l’Infidèle au sens islamique qui  est en train de s’effacer du Moyen-Orient, pas l’autre nation, l’autre tribu ou l’autre ethnie. D’ailleurs l’ethnicité, la langue, la référence à un passé propre, se sont en partie diluées dans les populations chrétiennes après une coexistence de tant de siècles avec leurs conquérants. Le paramètre vraiment clivant demeure la religion.

On connait les modalités possibles des extinctions ethno-religieuses : le génocide, la déportation, l’échange de population, l’émigration, la conversion à la religion dominante. Elles sont souvent combinées dans les plans d’action visant à la disparition d’une population ciblée. Le nettoyage ethnique ou religieux est toujours pensé et planifié par un état-major quand il est général et rapidement exécuté. Dans certains cas il peut résulter d’une situation de  chaos général, de calamités naturelles, ou du harcèlement systématique d’une minorité. Il est important de mesurer la place de l’intentionnalité dans le processus de purification. Y a-t-il un groupe décisionnel identifiable, un calendrier, des moyens, des étapes, comme dans le cas du génocide arménien? Dans le cas des Coptes, le harcèlement quotidien, les mesures administratives discriminatoires, la pression fiscale, peuvent suffire à alimenter des flux d’émigration surtout quand des diasporas offrent des réseaux d’accueil, ce qui est le cas pour la plupart des minorités chrétiennes du Moyen-Orient.

Si l’on veut estimer les risques d’extinction et imaginer des réponses pertinentes, il faut mettre à jour les mécanismes qui conduisent au déracinement des chrétiens en terre musulmane, au point d’avoir déjà rendu leur présence impossible dans une partie du Moyen-Orient. Au préalable un état des lieux est indispensable. Où en est-on? Quel est le poids démographique actuel des chrétiens du Moyen-Orient, sont-ils en passe d’être effectivement rayés de la carte moyen-orientale?

 

Les marques de l’extinction du christianisme oriental

Données culturelles et religieuses

Le christianisme est né dans le Croissant Fertile, au sein des populations juives des anciennes Galilée, Judée et Samarie. A partir de Jérusalem, il a assez rapidement essaimé dans les grandes villes de l’empire romain, Antioche, Alexandrie, Constantinople, Rome, ses premiers centres d’organisation, de débats théologiques et de prédication. Il a accédé à la liberté de culte dans l’Empire romain avec l’Édit de Milan (313) avant de devenir religion d’état sous Constantin 1er.

Les différentes Églises  d’Orient sont issues des schismes du 5ème siècle, au sein d’un christianisme dominé par les empereurs romains de Constantinople. Ces schismes ont donné naissance aux courants théologiques nestorien, monophysite, latin. Le nestorianisme a plutôt dominé le Levant et l’actuelle Mésopotamie, tandis que le monophysisme s’enracinait chez les Arméniens, mais aussi en Égypte, avant de gagner le Soudan, l’Éthiopie et l’Érythrée. Le christianisme latin a exercé très tôt son influence en Orient. Les croisades ont d’abord permis l’installation de missions franciscaines gardiennes du Saint Sépulcre et de l’église de la Nativité. Les missions dominicaines, postérieures, s’installeront  dans la foulée en « Terre Sainte » et dans le monde grec,  à Chypre, en Crète… Bien plus tard, à partir du milieu du 16ème siècle, les Latins profiteront des conflits internes des églises assyro-chaldéennes, pour prendre pied au-delà de Jérusalem et de Bethléem. Une délégation nestorienne était reçue à Rome en 1553 pour demander au pape d’arbitrer un conflit de succession. Les églises uniates (unies à Rome) se sont ainsi organisées en tant que branches latines (catholiques) de chacune des Églises d’Orient. Depuis, elles ont pris une place dominante, surtout dans l’espace antérieurement occupé par les nestoriens (Syrie, Irak, accessoirement Iran actuels). Les églises uniates conservent cependant en partie la liturgie, les rites, les coutumes, très différents de ceux du catholicisme romain. On fait toujours usage d différentes variétés de l’araméen, la langue du Christ.

Le christianisme oriental connait la précarité depuis toujours en particulier du fait des schismes avec Byzance. En conflit avec le pouvoir romain de Constantinople, c’était une religion sans état. Ses adeptes de Mésopotamie connurent des persécutions sous la férule des Sassanides, atténuées à partir du concile d’Éphèse en 431, où leur conflit avec le Basileus (schisme nestorien) rassura les Perses. Vinrent ensuite les conquêtes arabes du 7ème siècle qui n’aggraveront pas sa situation à la différence des terribles invasions mongoles, en particulier celle de Tamerlan. Par la suite, ses divisions doctrinales et l’ingérence de Rome et des missions protestantes vont encore l’émietter, et l’affaiblir. En tant que religion considérée par l’islam comme une falsification méprisable, le christianisme sans État dépendait du bon vouloir de ses protecteurs musulmans. Faute de ressources et d’hommes, les branches orthodoxes des églises d’Orient ont eu beaucoup de mal à assurer leurs fonctions pastorales et sacerdotales. Les églises uniates, en particulier l’église chaldéenne, moins pauvres et plus nombreuses, ont quand même permis la perpétuation des rites orientaux et souvent la conservation du patrimoine comme de précieux manuscrits qui auraient pu être perdus. En tout état de cause, le christianisme oriental fragile et divisé était plus préoccupé par sa survie que par son rayonnement.

Son affaiblissement, parfois extrême, est illustré par les témoignages de voyageurs du 19ème siècle sur la détresse des communautés assyro-chaldéennes déplacées par l’Histoire jusqu’aux confins des montagnes kurdes. Le couvent de Mardin, siège du patriarcat syriaques orthodoxe, est décrit par le révérend américain Horacio Southgate comme« pillé plusieurs fois tout au long de son histoire, comme tous les monastères du Tour Abdin, par les Turcs, les Mongols de Tamerlan ou bien plus récemment par les Kurdes qui utilisaient les anciens manuscrits de la bibliothèque pour bourrer leur fusil ou pour allumer un feu.[5]  » Le voyageur George Percy Badger dresse aussi le tableau d’une église en déconfiture qu’il découvre à son arrivée à Diyarbakir: « …le niveau des Jacobites, ici comme ailleurs, [est] très inférieur par rapport à celui de toutes les autres communautés chrétiennes : leurs affaires ecclésiastiques sont très mal gérées ainsi que le niveau de leurs évêques de leurs prêtres, bien inférieur à celui de toutes les autres sectes. Les évêques sont généralement des hommes illettrés… Le pire [aux yeux Badger] était qu’ils semblaient satisfaits de pratiquer leur religion ainsi, en se contentant de réciter des prières dans leur église en ruine, tout en conservant le faste de leurs rites, parfois exagérée à son avis [de Badger], et en payant son dû au patriarche. »[6]

La décrépitude de ces descendants des premiers Chrétiens, est l’expression de leur petit nombre, de leur isolement, et de leur manque de moyens. La férule cruelle des tribus kurdes et arabes, et la concurrence des nombreuses Missions occidentales, ajoutaient à ces plaies, donnant l’impression d’une civilisation crépusculaire. Dans le village de Ba-Sebreena, Badger observe sans surprise que « …les prêtres menaient une vie indolente au milieu d’églises en ruine et la population, essentiellement paysanne, était ignorante à l’extrême. »[7]

Ces chrétiens devaient connaître des hauts -la rédaction d’ouvrages scolaires en langue syriaque et l’ouverture d’écoles dans les années 1940- et des bas -le génocide turc à partir de 1915, la répression par les nationalistes en 1934, les retombées collatérales des démêlés entre Bagdad et les Kurdes dans l’après guerre, etc. La guerre Iran-Irak et last but not least, l’intervention américaine de 2003 débouchant sur l’avènement de l’état islamique, frappaient donc un christianisme moralement affaibli. Les plus jeunes et les plus vigoureux prirent en masse le chemin de l’exil. Les autres semblent aujourd’hui prêts à quitter l’Irak pour en finir avec une existence d’autant plus dangereuse et précaire que les courants djihadistes sont présents aussi bien parmi leurs bourreaux que parmi les forces censées les protéger. Devant les ruines de son église dans Qaraqoch libéré, l’archevêque des catholiques syriaques, Mgr Petros Moshe s’interrogeait: «Nos ancêtres ont donné leur sang pour notre présence. Nous ne voulons pas quitter le pays. Mais aurons-nous l’audace de revenir vivre avec nos voisins? Ces voisins avec qui nous vivions autrefois en bonne intelligence mais qui sont devenus nos pilleurs…»[8]

Données démographiques

Pouvant à peine assurer le fonctionnement de son culte, frappée par le grand génocide des Arméniens et des Assyro-chaldéens de 1915 à 1922, subissant nombre de pogroms, massacres et vagues de dépossessions dans les troubles consécutifs à l’effondrement de l’Empire ottoman et à la naissance des états arabes, la population des chrétiens orientaux s’est considérablement réduite depuis le début du 20ème siècle.

Selon Patrick Karam, le président de la Coordination des Chrétiens d’Orient en Danger, les chrétiens ne formeraient pas aujourd’hui plus de 3 à 4% de la population totale alors qu’ils en représentaient encore 15 à 20% dans les années 50. Pour Jean-François Colosimo, les chrétiens qui formaient environ 35% de la population de la Turquie en 1900, n’en font plus que 0,2% désormais. En Syrie, les Grecs orthodoxes parvenaient à 20% du total contre 8% aujourd’hui. En Irak, les Syriaques et les Chaldéens étaient 1 million en 1980, 600.000 en 2005 et 350.000 aujourd’hui [9]

Un organisme américain, PEW Research Center, a réalisé en 2015 une vaste étude sur la démographie mondiale des religions, classées par grandes zones géographiques, et son évolution de 2010 à 2050[10] Pour la zone Moyen Orient et Afrique du Nord, les résultats sont les suivants:

Tableau 1 : Projection de population par religion
dans la zone Moyen-orient Afrique du nord de 2010 à 2050
[11]

Ces donnée indiquent que la population chrétienne globale augmenterait de 43% dans la période 2010-2050, soit de 5,47 millions d’individus dans les 40 années étudiées. Cependant, une étude plus fine montre que cette augmentation est exclusivement imputable au boom démographique du Soudan-Sud, soumis au régime de fécondité explosive de l’Afrique sub-saharienne. Ce seul pays passerait de 10,05 millions d’habitants en 2010 à 25,8 millions en 2050, soit un gain de 15,75 millions d’individus dont 9,45 millions de chrétiens (60% de la population totale).[12]

Hors Sud-Soudan, les chrétiens du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord devraient enregistrer en fait une baisse de leur effectif, de 12,71 à 8,73 millions dans un contexte de croissance démographique globale (+ 1,4% par an pour les musulmans)

Qu’en est-il aujourd’hui du poids les populations chrétiennes d’Orient dans leur pays de résidence? Les bases de données de la CIA, régulièrement mises à jour, permettent de distinguer deux groupes de pays dans la zone qui nous interesse, un groupe qui conserve des minorités chrétiennes significatives et un autre où le nettoyage ethno-religieux est d’ores et déja achevé.[13]


Tableau 2 : Pays ayant conservé une minorité chrétienne significative (Données CIA)

Pays Population à la mi juillet 2016 Poids des religions Nbre de chrétiens (en millions)
Égypte 94 666 993 Musulmans 90%, Chrétiens 10% 9,4
Liban 6 237 738 Musulmans 54%, Chrétiens 40,5%, Druzes 5,6% 2,5
Syrie 17 185 170 Musulmans 87%, Chrétiens 10%, Druzes 3% 1,7

Source : Base de données de la CIA 12

Le tableau 2 montre que le poids démographique des chrétiens, dans les derniers pays arabes où ils subsistent, ne leur permet pas de jouer un rôle politique, à l’exception du Liban. Dans les trois dernières décennies, la population chrétienne a régressé en fonction des troubles et de l’influence des musulmans radicaux, essentiellement par la voie de l’émigration. Désormais, comme les Libanais et les Syriens, les Coptes émigrent de plus en plus, ce qui laisse penser qu’une réduction constante de la présence chrétienne va se poursuivre dans l’Orient arabe.

Le tableau 3, ci-dessous, montre que la Turquie, l’Iran, et la plupart des pays arabes ont déjà achevé le nettoyage ethno-religieux sur leur sol. Ils sont désormais religieusement « purifiés » de leurs chrétiens après s’être « purifiés » de leurs Juifs quelques décennies auparavant.

 

Tableau 3 : Pays ayant achevé le nettoyage ethno-religieux

Pays Population à la mi juillet 2016 % de musulmans % de non-musulmans
Turquie 80 274 604 99,8% 0.2%
Jordanie 8 185 384 98% 2%
Irak 38 146 025 99% 1%
Iran 82 801 633 99,4% 0,6%
Arabie saoudite 28 160 273 95/100% 0/5%
Yémen 27 392 779 99,1% 0,9%
Gaza 1 753 327 98% 2%
« Cisjordanie » 2 697 687 80/85% (implantations juives)15/20%
Soudan 36 729 501 99% 1%

Afrique du Nord

Algérie 40 263 711 99% 1%
Tunisie 11 134 588 99,1% 0,9%
Maroc 33 655 786 99% 1%
Libye 6 541 948 96,6% 3,4%

Source: Base de données CIA 12

L’homogénéisation a des limites. Ces pays demeurent pluri ethniques et ils abritent en leur sein des variantes parfois antagonistes de l’islam. Si l’ère du déracinement des minorités chrétiennes par l’islam majoritaire est révolue chez eux, de violents conflits intra-islamiques et inter ethniques sont déjà à l’œuvre, par exemple en Irak entre sunnites et chiites, en Syrie entre sunnites et alaouites, en Turquie entre sunnites et Alevis ou entre Turcs et Kurdes, en Iran entre Persans et Baloutches, etc.

 

Le processus d’extinction des chrétiens d’Orient

Les chrétiens sont en train de disparaitre du monde arabe, comme ils ont déjà quasiment disparu du monde turc et du monde perse. Avant les vagues de conquête arabes et turques ces régions était remplies de Juifs et de chrétiens. Un processus multiséculaire entamé au 7ème siècle, plus ou moins rythmé selon les époques et les régions, a transformé les nouvelles populations musulmanes en majorités démographiques. Au cours du 20ème siècle, le « nettoyage » des chrétiens a subi une première accélération correspondant à leur éradication douloureuse de Turquie par le génocide et l’échange de populations du traité de Lausanne (1923). Depuis quatre décennies, un nouveau trend de contraction des populations chrétiennes est à l’œuvre. Il faudra comprendre ses causes spécifiques pour savoir si la présence des chrétiens à un avenir au Moyen-Orient.

Le phénomène de substitution d’une civilisation par une autre qui semble se dessiner est loin d’être unique dans l’Histoire. Avec la prise de Constantinople (1453), les sultans ottomans ont acté le pouvoir de l’islam dans l’Orient natif du christianisme. Le monde chrétien tournait alors ses regards vers l’Ouest, prêt à prendre pied sur le continent américain. En quelques siècles, du nord au sud, il allait réduire les autochtones du nouveau continent à quelques ilots de survivances indigènes, par des procédés qui n’avaient pas grand chose à envier du point de vue moral à ceux des barbaresques.

Ce qui est original par contre,  c’est que dans les espaces politiquement dominés par l’islam, on soit en train de passer brutalement de très anciennes sociétés pluri-religieuses inégalitaires à des sociétés exclusivement musulmanes. Comme si l’islam au pouvoir renonçait désormais à abriter et dominer une diversité religieuse dont il avait su tirer parti dans le passé, à l’exemple de l’Empire ottoman où les sultans n’hésitaient pas à confier à des chrétiens ou à des Juifs compétents et efficaces la conduite de leurs armées ou de leurs administrations. [14]

On ne peut élucider cette question sans prendre en considération la codification des rapports musulmans- non musulmans en Islam. Cette civilisation a créé le régime original de la dhimma au sein du droit islamique, la charia. Il ne s’agit pas d’une suite d’article de loi numérotés, ni d’un code juridique de type occidental permettant de développer des argumentaires charpentés devant un tribunal. Les textes de référence sont intriqués à la religion, pas nécessairement homogènes. Ils ont été écrits et débattus dans les écoles théologiques, sunnites, chiites, kharijites, etc. En islam, la réflexion s’adosse au Coran et aux dires et actes rapportés du Prophète (Hadiths, Sira). Elle est enrichie par une volumineuse littérature jurisprudentielle, œuvre des « savants » reconnus des grandes écoles théologiques. C’est dans cette somme qu’ont puisé des générations de califes, d’émirs, de sultans, de cadis, etc. pour régler leur rapports avec leurs minorités Infidèles. Il sert aussi de fonds pédagogique et de guide moral à l’intention des musulmans ordinaires.

A la base, ce droit de la dhimma a pour origine des décisions importantes prises par Mahomet à Médine tels qu’ils sont rapportés dans la Sunna : la liquidation des trois tribus juives de Médine et le pacte de Khaibar[15]. Ces décisions sont à la base de deux modèles distincts de sociétés musulmanes, où l’attitude de l’islam semble diverger radicalement à l’endroit des Infidèles.

Le modèle de Médine

Il y avait en gros à Médine au moment de l’Hégire cinq tribus, dont trois juives, qui s’adonnaient à l’agriculture et à l’artisanat, y compris la manufacture du métal permettant de fabriquer des outils et des armes. Les deux autres tribus étaient vraisemblablement composées de Bédouins nomades. Partageant une cohabitation de trois siècles, ces tribus entretenaient des relations d’alliance, matrimoniales et militaires, plus ou moins stables.

Devant le refus persistant des tribus juives de se convertir à la nouvelle religion, dans des circonstances précises qui ne nous intéressent pas ici, la Tradition rapporte que le Prophète décida successivement[16] le bannissement de deux d’entre elles, et la confiscation de l’essentiel de leurs biens (624 et 625). Dans un second temps (627), il fit exécuter[17] tous les mâles de la troisième tribu, saisit tous ses biens et réduisit les femmes et les enfants en l’esclavage.

On a là un premier modèle relationnel que l’islam offre aux non-musulmans. Nous le baptiserons ‘modèle de Médine’. Dans ce modèle, tous les adeptes d’une religion différente qui continuent de refuser la conversion à l’islam doivent faire place nette pour permettre l’émergence d’une société musulmane religieusement homogène. Si nécessaire par le génocide et la déportation. Il s’agit d’un modèle strictement fermé, sans aucun autre horizon pour les non-musulmans que le départ ou la disparition.

Ce modèle a été généralisé par le second calife, Omar Ibn al-Kittab. Il invoqua au cours de son règne (de 634 à 644) un hadith qui figure sous plusieurs formes dans le recueil réputé d’Al Boukhari, « J’expulserai les Juifs et les Chrétiens de la péninsule arabique et je ne laisserai personne y demeurer qui ne soit pas musulman » ou encore [18] « il n’y a pas place pour deux religions dans la péninsule arabique« . Fort de cette légitimation religieuse, le calife Omar aurait alors expulsé d’Arabie les Juifs de Khaibar et de nombreuses tribus chrétiennes du nord.

Aujourd’hui, ce modèle de Médine régit de facto la Turquie, l’Afrique du Nord, l’Iran, l’Arabie saoudite. Dans ces pays, les populations juives et chrétiennes sont inexistantes ou « décoratives »

Le modèle de Khaibar

Après l’élimination des trois tribus de Médine, le Prophète fit la conquête de Khaibar (628), une importante oasis juive située semble-t-il à 150 kilomètres au nord de Médine[19]. Après avoir vaincu, Mahomet passa un marché avec ses habitants. Il leur laissait la vie, leur garantissait la sécurité, leur octroyait le droit révocable de résider dans leur oasis, le droit de pratiquer leur religion et la tranquillité de leurs femmes. En échange, la tribu juive devait livrer la moitié de ses récoltes en guise d’impôt, le kharadj. On estime que ce choix d’une transaction plutôt que l’élimination était motivé par l’effondrement économique de Médine qui suivit la liquidation des trois tribus sédentaires[20]. En cas de manquement à ses obligations, la tribu serait soumise aux lois de la guerre telle que le Prophète les entendait: proposition de conversion à l’islam, et en cas de refus, exécution des hommes, confiscation des biens, réduction en esclavage des femmes et des enfants.

L’épisode de Khaibar établit un second modèle relationnel de l’islam avec les non-croyants. Dans ce modèle, les rapports sociaux de domination, extrêmement sévères, sont caractérisés par le couple indissoluble extorsion/humiliation. C’est sur la base de l’évènement de Khaibar rapporté avec précision par la Tradition, que s’est édifiée le régime de la dhimma, réservé aux seuls peuples du Livre (Juifs, Chrétiens, Zoroastriens). Le dhimmi bénéficie du droit à la vie, du droit ne pas être réduit en esclavage, et de pratiquer discrètement sa religion. En contrepartie, il doit payer un impôt de capitation, la jizya, l’impôt foncier, le kharadj, majoré, un impôt de dispense du service des armes, des taxes majorées de commerce et de transport. Souvent on lui demande des enfants (devchirmé chez les Ottomans) et des filles à marier avec des musulmans. Il doit aussi effectuer les corvées prescrites, ne pas détenir d’armes, revêtir un habit particulier pour ne pas être confondu avec un musulman. Il ne doit pas monter à cheval, ni construire des lieux de culte, ni même les ravaler, etc. Surtout le dhimmi doit vivre dans l’avilissement. Il reçoit un soufflet quand il paie l’impôt et il est soumis à des humiliations quotidiennes[21] qui lui rappellent son refus de la vraie religion, et qu’il n’est que « toléré ».[22]

Le régime effectif de la dhimma était variable selon les endroits et les époques. Il est généralement plus sévère dans les campagnes isolées que dans les villes, dépendant des humeurs des souverains comme des émirs et des percepteurs  locaux. Dans l’Empire ottoman, au milieu du 19ème siècle il avait bien évolué. Le non-musulman était alors soumis à plusieurs régimes juridiques concomitants qui modifiaient sensiblement son statut[23]. On lui appliquait la charia, mais aussi le droit ecclésiastique ou les prescriptions de la Halakha dans le cadre du Millet[24], Les chrétiens bénéficiaient aussi des dispositions des traités passés avec le pouvoir ottoman dans la lignée des Capitulations. Les dhimmis étaient aussi censés bénéficier des prémisses d’une égalité juridique prévue dans les Tanzimat (1839).

Le modèle de Khaibar apportait au pouvoir musulman un cadre de domination bien rodé, indispensable durant les vagues de conquête islamique. Dans les territoires nouvellement capturés, après la période de chaos initiale, il fallait organiser de façon stable la vie collective avec des non musulmans forcement majoritaires. La purification religieuse n’était concevable qu’à l’issue d’une longue période. Le temps que les conversions et les rigueurs de la dhimma réduisent les non musulmans à une minorité. Plus l’Empire ottoman s’étendait à l’ouest, plus sa démographie religieuse se diversifiait puisqu’il intégrait de nouvelle populations chrétiennes. Son expansion territoriale a été stoppée, en gros, devant Vienne en 1683. Par la suite, un mouvement de recul géographique du pouvoir d’Istanbul s’est amorcé, entrainant une réduction de la proportion des chrétiens en terre ottomane. Tandis que certains chrétiens s’affranchissaient de la férule turque, des populations musulmanes expulsées des pays précédemment tributaires d’Europe du Sud et d’Europe Centrale affluaient. L’Empire s’islamisait à vive allure.

 

Une boussole conceptuelle : la transition du modèle de Khaibar à celui de Médine

Revenons à la problématique contemporaine de l’extinction des chrétiens d’Orient. La persistance d’une société musulmane qui admet la coexistence avec des non musulmans selon le modèle de Khaibar, dépend strictement du respect par les non musulmans de toutes les contraintes de la dhimma. Dès qu’ils contestent collectivement ces contraintes, et dès que cette contestation est suffisamment puissante pour faire peser un risque sur la souveraineté absolue du pouvoir musulman, celui-ci peut passer, en toute légitimité religieuse, au modèle de Médine, par tous moyens. C’est pour cela que l’opinion turque ne comprenait pas les procès lancés en 1918 à Istanbul contre les responsables du génocide arménien. Dans la logique de la charia, les auteurs des crimes monstrueux qui avaient été commis n’avaient fait que leur devoir. Ils avaient tiré les conclusions du retrait de la protection de l’islam à des dhimmis qui à leurs yeux ne respectaient plus la dhimma.

Dans la mesure où le phénomène de déracinement des peuples du Livre en terre islamisée s’étale sur la longue durée, et concerne une aire géographique très étendue, avec de nombreux pays ethniquement divers (turcs, arabes, perses), le pouvoir explicatif des catégories de la géopolitique devient insuffisant.

Ces catégories privilégient les jeux d’acteurs, les stratégies des puissances, et les interactions locales. Entrent en ligne de compte, la sociologie politique, les conflits d’intérêts et de pouvoirs dans un espace géographique déterminé. Les concepts de la géopolitique sont l’intérêt national, la souveraineté, les alliances, la distribution des ressources, les contraintes géographiques, etc. Inévitablement, ce cadre d’analyse traite des problèmes dans le moyen terme et non dans le très long terme. Ses grilles d’analyses sont tentantes mais inefficientes pour aller aux sources plus que millénaires du génocide arménien par exemple. Elles focaliseraient l’attention sur la décomposition de l’Empire ottoman, sur l’ingérence des puissances occidentales, sur l’espérance nationale arménienne en phase avec la montée des revendications nationales en Europe, etc. L’approche est légitime mais insuffisante car sur la scène ottomane, de toutes autres forces joueront un rôle déterminant.

Pour les Ottomans pétris de religion, les Arméniens sont avant tout des chrétiens. Les Français, Anglais et Russes incarnent l’ennemi étranger chrétien qui assiste ses frères en religion du dar al-islam. En tant que musulmans, les Turcs sont convaincus d’avoir des droits ancestraux, consignés dans le message de leur Prophète 1300 ans plus tôt. Témoin des massacres des années 1894-96 qui furent une espèce de répétition du génocide de 1915, un diplomate britannique d’Urfa observait: « Les responsables de ces massacres sont guidés dans leur action par les préceptes de la chériat [charia]. Celle-ci précise que les rayat [sujets] chrétiens tentés d’en appeler aux puissances étrangères, de transgresser les limites fixées par leurs maitres musulmans pour se débarrasser de leur joug, doivent payer de leurs biens et de leurs vies à la merci des musulmans….[Les Turcs] considèrent donc que le massacre des Arméniens et la confiscation de leurs biens constituent pour eux un devoir religieux et un objectif légitime.« [25] Qu’est-ce d’autre que la loi de la dhimma? Pour quelle autre raison à cette approbation aussi unanime au sein du peuple turc? Pourquoi lors du génocide, les très modestes assyro-chaldéens ont-ils été mis dans le même sac que les Arméniens, si ce n’est qu’ils étaient dans leur essence des dhimmis chrétiens, donc complices?

Levons l’objection de l’abrogation de la dhimma. Dès les Tanzimat des droits égaux sont formellement reconnus aux minorités par les Ottomans. Ils sont confirmés dans plusieurs textes de portée internationale, la Charte de 1856, la constitution de 1876, etc.. Nous sommes bien avant le génocide dans l’Empire ottoman mais les esprits sont pétris par une vision du rapport à l’Infidèle qui n’a pas grand chose à voir avec le droit. L’abrogation prendra un tour plus concret dans les régions arabes placées sous mandat ou colonisées à l’initiative des Occidentaux.

La dhimma est un legs juridique multiséculaire. Mais après son abrogation, le legs culturel associé continue de régir le regard du musulman sur l’Infidèle, son identité, sa perception du non musulman, voué à demeurer un inférieur méprisé. Yves Ternon soulignait que « les principes qui fondaient ce statut [de dhimmi] étaient inscrits dans les mentalités et étaient appliqués dans les pratiques juridiques et fiscales: au premier regard, au premier entretien, on savait qui était musulman et qui ne l’était pas. » [26] Dans la même veine, le remarquable historien musulman Taner Akçam observe « Le plus difficile pour les musulmans était de renoncer à leur sentiment de supériorité sur les « Infidèles ». Il poursuit par une citation d’un autre historien turc qui exprime le sentiment collectif: « Nous avons perdu notre droit sacré, que nos aïeux avaient acquis par leur sang. [L’idée que] la nation habituée à gouverner a perdu ce droit n’est pas seulement avancée dans les masses ignorantes, mais aussi par nos hommes d’État. »[27] D’autant que le texte religieux pieusement étudié et commenté, réactualise à l’infini la gloire du Croyant et la flétrissure de l’Infidèle maudit. Il lui prescrit même de l’humilier tant qu’il ne l’autorise pas à lui ôter sa vie et ses biens. Le nouveau droit dit blanc, la religion dit noir. Déchiré, le musulman va souffrir de la dissonance cognitive. L’abrogation juridique de la dhimma est alors ressentie comme une blessure identitaire douloureuse. Par exemple, l’Ottoman moyen des Tanzimat était profondément mortifié à l’idée que le témoignage du chrétien vaudrait autant que le sien devant un tribunal.

Pourquoi le modèle pluri religieux de Khaibar a-t-il cessé de fonctionner dans les deux derniers siècles? Pourquoi a-t-il laissé place au nettoyage ethno-religieux, c’est-à-dire au modèle de Médine intégral dans tant de pays arabo-musulmans, à force de massacres, de déportations, de conversions et d’émigration provoquée?

Selon notre boussole conceptuelle, il faut en chercher les causes dans les distorsions introduites progressivement par les chrétiens dans les règles de la dhimma. En tant que peuples du Livre sujets de l’Empire ottoman, Grecs, Arméniens, Assyriens, Chaldéens, Coptes, maronites, uniates, orthodoxes, monophysites, jacobites ou nestoriens, avaient été accusés de plus en plus vigoureusement, parfois à leur corps défendant, de contester leur obligation de soumission absolue aux règles du pouvoir musulman. Cette conviction était fondée sur l’idée que l’adhésion à la même religion impliquait la complicité avec l’ennemi. Elle était renforcée par les pressions franco-anglaises et russes, et par les premières revendications autonomistes arméniennes

1) La collusion supposée des sujets chrétiens avec leurs frères étrangers

  1. a) Le soupçon surgit dès les traités de Capitulation (1500) en particulier le traité passé par François 1er avec le sultan Soliman (1528). De dernier prévoyait une protection française des personnels diplomatiques, des pèlerins, gardiens des Lieux Saints, commerçants, en terre ottomane. Dans les siècles qui suivirent les puissance chrétiennes d’Occident ne cessèrent de réclamer l’élargissement de ce champ de protection, qui s’étendit aux sujets chrétiens de l’Empire ottoman eux-mêmes. L’opinion des musulmans était affectée par ce lien entre les dhimmis et les puissances étrangères chrétiennes assimilé à un complot anti musulman.
  2. b) L’intrusion du christianisme latin à partir du milieu du 16ème siècle, incarné par la multiplication des Missions (dominicains, franciscains, jésuites, protestants, anglicans, etc.) et la création des églises uniates confirmèrent aussi l’hypothèse que les chrétiens du cru étaient de mèche avec l’étranger. Ces derniers bénéficiaient en priorité des dons d’argent et des écoles des Européens, dont les musulmans étaient souvent jaloux. Le chrétien a été progressivement perçu comme un intrus dans la société ottomane malgré sa présence sur ces terres depuis près de vingt siècles.
  3. c) Au 19ème siècle, au fil de leurs défaites militaires, les puissances de l’Occident chrétien (française, anglaise, russe) obligèrent les Ottomans à prendre des dispositions pour rompre avec la dhimma et accepter l’idée d’égalité entre les différentes catégories de sujets de l’Empire en particulier les chrétiens. Ce furent on l’a déjà mentionné, les Tanzimat ou Acte de Gul hané en 1839, Charte ou Hatt-i Humayou de 1856, interdisant entre autres les actes dégradants envers les non musulmans, la Constitution de 1876…)

L’article 62 du Traité de Berlin de 1878 ci-dessous, donne une idée des demandes occidentales et des blessures identitaires infligées aux Turcs pétris par le legs juridique et culturel de leur religion, nationalistes et religieux confondus.

La Sublime Porte ayant exprimé la volonté de maintenir le principe de la liberté religieuse, en y donnant l’extension la plus large, les Parties contractantes prennent acte de cette déclaration spontanée.

Dans aucune partie de l’Empire Ottoman, la différence de religion ne pourra être opposée à personne comme un motif d’exclusion ou d’incapacité en ce qui concerne l’usage des droits civils et politiques, l’admission aux emplois publics, fonctions et honneurs ou l’exercice des différentes professions et industries

Tous seront admis, sans distinction de religion, à témoigner devant les tribunaux.

La liberté et la pratique extérieure de tous les cultes sont assurées à tous et aucune entrave ne pourra être apportée soit à l’organisation hiérarchique des différentes communions, soit à leurs rapports avec leurs chefs spirituels.

Les ecclésiastiques, les pèlerins et les moines de toutes les nationalités voyageant dans la Turquie d’Europe ou la Turquie d’Asie jouiront des mêmes droits, avantages et privilèges.

Le droit de protection officielle est reconnu aux agents diplomatiques et consulaires des Puissances en Turquie, tant à l’égard des personnes susmentionnées que de leurs établissements religieux, de bienfaisance et autres dans les Lieux Saints et ailleurs.

Les droits acquis à la France sont expressément réservés, et il est bien entendu qu’aucune atteinte ne saurait être portée au statu quo dans les Lieux Saints.

Les moines du Mont Athos, quel que soit leur pays d’origine, seront maintenus dans leurs possessions et avantages antérieurs et jouiront, sans aucune exception, d’une entière égalité de droits et prérogatives.[28]

Cependant, nul n’était dupe. La plupart des dispositions « égalitaires » resteraient lettre morte, et tous les signataires, comme les Arméniens, en étaient bien conscients. Elles évitaient aux « puissances » des affrontements prévisibles qui auraient suivi le démantèlement de « l’Homme malade de l’Europe ».

  1. d) Les multiples liens, parfois les collaborations, entre Arméniens et Russes dans le Caucase attisent eux aussi, dès le 19ème siècle, la certitude que les Arméniens sont une cinquième colonne prête à frapper l’Empire ottoman dans le dos. Par exemple, le parti arménien Hentchak provoque des troubles à partir de la Russie dans les années 90. Abdulhamid II les exploitera par une propagande anti arménienne incandescente. Convaincu de l’inaction des occidentaux et des Russes, il noiera dans le sang toute la population suspecte dans les terribles massacres génocidaires de 1894-96. Dans la population musulmane turque, la haine des chrétiens est facilement avivée par le thème de la trahison, un manquement inacceptable au statut de dhimmi.

2) Les guerres d’indépendance nationale qui chassent les turcs de Grèce, des Balkans et d’Europe centrale renforcent le ressentiment contre les chrétiens ottomans toujours assimilés à l’ennemi. La révolte grecque de 1821 ouvre l’époque des soulèvements nationaux sur les terres d’Europe conquises par les Ottomans depuis le 16ème siècle. Français, Anglais et Russes aident ces guerres d’indépendance. Le processus de recul turc dans l’humiliation est couronné par les guerres balkaniques perdues de 1912-13 qui traumatisent les dirigeants ottomans. Les guerres de libération sont suivies par le retour de populations musulmanes dans l’Empire ottoman. Elles sont souvent acheminées dans les régions arméniennes où des tribus kurdes et des Circassiens ont été implantés intentionnellement. Elle contribueront avec eux au calvaire des Arméniens. Le sentiment des chefs ottomans que le pouvoir musulman est en grand péril, et la haine insondable de leurs sujets chrétiens, feront naître chez les Jeunes Turcs une puissante volonté d’en finir définitivement avec ces derniers sur tout le territoire.

La transition d’un Empire ottoman où les relations entre les religions étaient réglées par le modèle de Khaibar, à une Turquie d’une seule religion va s’effectuer dans le sang. Épurée des peuples du Livre, la Turquie deviendra le prototype achevé du modèle de Médine. La transition renvoie aux alternatives édictées au 7ème siècle. Les autorités musulmane estiment que la dhimma accordée aux chrétiens doit être révoquée. Elles pensent ne plus avoir les moyens d’imposer ce régime rude et avilissant dans le contexte des pressions conjuguées des chrétiens étrangers et des chrétiens autochtones pour le modifier. Instaurer des rapports plus égalitaires était impossible à moins de nier le legs culturel des combats et des victoires de 13 siècles d’Islam. C’est par fidélité à cette Tradition que la transition vers le modèle de Médine si complexe à mettre en œuvre, fut endossée par le groupe des trois, Enver, Cemal, Talaât. Ils s’en acquittèrent en ouvrant le grand cycle des génocides du 20ème siècle. Mustapha Kemal, le futur Atatürk, musulman non croyant, démontra qu’il était aussi le porteur de ce legs culturel en contribuant à parachever le nettoyage ethnique entamé par les génocidaires. Il ne fit rien pour permettre aux Arméniens de se réimplanter en Cilicie sous l’égide de la France, et attaqua en septembre 1920 l’éphémère République arménienne issue de la chute de la Transcaucasie qui regroupait Arméniens, Azéris et Géorgiens en 1918.

Aujourd’hui encore, les autorités turques s’emploient à prévenir le retour des descendants des chrétiens déracinés. C’est ainsi que l’on interprète la décision de la Cour Suprême de 2012 autorisant la saisie de 24,4 hectares de terres appartenant au fameux monastère syriaque mar Gabriel de Mardin[29].

 

L’actualité du déracinement des chrétiens d’Orient

Le tsunami qui a déferlé sur les chrétiens de l’Empire Ottoman témoigne du comportement d’un pouvoir islamique dans l’adversité, réelle ou ressentie. Tout se passe comme si l’Islam aux abois se repliait sur ses fondamentaux les plus archaïques et violents. Le nouveau tsunami qui met aujourd’hui à l’épreuve les minorités encore présentes en Égypte, en Mésopotamie et au Levant fait renaître le spectacle d’un Islam revenu à ses pratiques primitives. Nous vivons aujourd’hui une phase de rebond du déracinement des chrétiens d’Orient, un siècle après le nettoyage religieux de la Turquie. A nouveau, nous avons rendez-vous avec le 7ème siècle.

Une observation fait l’unanimité en Occident. Aujourd’hui, quand les chrétiens orientaux sont tués, fuient, ou émigrent, c’est toujours en tant que cibles de musulmans salafistes rivés aux préceptes de la charia, qu’ils soient membres d’Al Qaïda, de Boko Aram, d’Ansar Dine ou de l’État islamique. D’où le choix imposé aux captifs entre la conversion, la dhimma ou la mort. Les minorités chrétiennes de la plaine de Ninive qui ont survécu, le doivent à la fuite vers des camps installés dans les zones contrôlées par les Kurdes. Celles de Syrie sont tributaires de la protection de l’armée du pouvoir alaouite.

Les minorités chrétiennes de Jordanie, des territoires palestiniens et d’Israël sont très réduites.[30] Si on excepte le Sud Soudan, les trois derniers pays du Moyen-Orient qui abritent encore une minorité chrétienne d’Orient significative sont, on l’a vu plus haut, l’Égypte, la Syrie et l’Irak. La situation de ces minorités est très différente selon les pays, mais toutes trois sont affectées par un triple héritage du 7ème siècle, la dhimma, le djihad et le conflit entre sunnites et chiites. C’est la combinaison de ces trois facteurs, une tenaille avec trois mâchoires, qui ont poussé l’horreur et le drame des chrétiens d’Orient à leur acmé en Mésopotamie et au Liban.

En Irak, le mécanisme accusatoire est simple. Les chrétiens locaux sont par nature les suppôts des Américains; ils participent donc à la croisade menée par l’Oncle Sam, même s’ils se contentent prudemment de lui fournir un appui moral. A l’approche de l’intervention de 2003 en Irak, les chrétiens savaient qu’ils allaient être les premières victimes en tant que créatures des « croisés », quoiqu’ils fassent. Ils ont tenté désespérément d’alerter le monde sur le sort qu’ils n’allaient pas manquer de subir. Et effectivement, ceux qui n’ont pas pu émigrer vivent un calvaire depuis la chute de Saddam.

Quand on pose la question de la réapparition dans le monde arabo-musulman et ailleurs de soldats de Dieu qui désirent mourir sur le chemin d’Allah, la réponse est encore unanime. Ce sont les produits de la diffusion de l’idéologie salafiste, et le doigt accusateur pointe l’Arabie saoudite, accessoirement les Occidentaux dont les intrusions en terre arabe auraient pavé la voie aux groupes djihadistes.

Aussi l’Arabie saoudite est-elle devenue pour nombre de géopoliticiens, l’ennemi principal de l’Occident. Elle le doit à sa politique planétaire de diffusion du wahhabisme et de son aide au jihad armé. A l’appui de cette analyse, on peut citer Pierre Conesa, Renaud Girard, Alexandre Del Valle et beaucoup d’autres. Del Valle a publié sur le sujet une somme remarquable, Les vrais ennemis de l’Occident[31] Il distingue, outre l’Arabie saoudite, 5 grands pôles de diffusion de l’islam radical: le Qatar et le Koweit, les Frères musulmans, le pôle indo-pakistanais, la Turquie néo ottomane, et l’Organisation de la Coopération Islamique. Pour souligner le rôle éminent de Ryad, Del Valle signale que selon la fille du ministre saoudien du pétrole, Mai Yamani, l’Arabie saoudite aurait dépensé 75 milliards de dollars pour financer la propagande wahhabite, les écoles, les mosquées, t les organismes de bienfaisance, dans les seules années 80. Cette politique se serait poursuivie, au-delà du 11 septembre malgré la présence de 15 saoudiens parmi les 19 participants aux attaques sur le sol américain.

Malheureusement, ces analyses sérieuses, documentées et rationnelles laissent passer une question absolument cruciale: pourquoi donc l’Arabie saoudite déploie-t-elle avec ses acolytes du Golfe autant de ressources et d’énergie pour réactualiser l’islam des premiers temps dans la quasi totalité du monde sunnite? Quel intérêt y trouve-t-elle ?

En réalité, l’étrange et onéreux activisme propagandiste de l’Arabie saoudite nous ramène une fois encore au 7ème siècle. A la mort du Prophète, la question de la succession (les califes sont les « successeurs » de l’Envoyé de Dieu) a provoqué un immense schisme en islam, portant sur les modalités du choix des califes. Devaient-ils être désignés parmi les combattants de l’Islam les plus avisés et les plus fervents, ou devaient-ils avoir en priorité une relation de parenté avec Mahomet? C’est l’origine du conflit entre sunnites et chiites, les chiites, « ceux qui suivent Ali » ou « ceux qui refusent » (râfidhites en arabe), prônant le critère de la parenté.

En 1979, la révolution khomeyniste provoquait un coup de tonnerre qui n’en finit pas de retentir dans tout le monde musulman. Le premier défi de Khomeiny a été de mettre en cause la légitimité religieuse de la maison des Saoud, comme gardienne des lieux saints de l’islam, Médine et de La Mecque. A ses yeux l’absence de liens de filiation disqualifiait la famille Saoud, à la différence du clan Hussein qu’elle avait renversé en 1926. Depuis, Arabie Saoudite et Iran se livrent une guerre sans merci, directe et indirecte, politique, stratégique, économique, militaire et bien entendu religieuse. L’Arabie illégitime des Saoud combat dos au mur pour préserver la pérennité de son régime et la prééminence des sunnites hyper majoritaires en Islam sur les chiites qu’ils ne considèrent pas comme de vrais musulmans. Les khomeynistes, en pleine offensive depuis quatre décennies, considèrent que l’époque est mûre pour le triomphe des idées d’Ali ibn Abi Talib, compagnon, cousin et gendre du Prophète, dans l’ensemble du dar al-islam un jour réconcilié par leurs soins.

Le khomeynisme, en mission sacrée, est aujourd’hui présent avec ses Gardiens de la révolution, ses milices et ses groupes supplétifs au pourtour de l’Arabie, au cœur du monde sunnite, au Yémen, en Irak, en Syrie, au Liban. Cet immense défi est  l’aiguillon de la rage religieuse sunnite. L’Arabie a le sentiment de céder sans cesse du terrain à la pieuvre chiite qui fait progresser par bonds sa technologie militaire, son binôme missiles-vecteurs nucléaires étant désormais à portée de ses mains. En réponse, elle radicalise la planète sunnite en propageant un message religieux intégriste, archaïsé, en l’incitant à l’offensive, en l’armant et en la finançant.

Faute de se poser sérieusement la question des motifs de l’activisme saoudien si désastreux, Alexandre Del Valle commet une énorme erreur. Il écrit en guise de préconisation: « Face à une ennemi commun asymétrique, globalisé, et multiforme, toute puissance qui n’a pas de contentieux avec nous et qui mène le même combat, peu importe pour quelles raisons, comme c’est le cas des Émirats arabes, du Kazakhstan, de la Russie ou de l’Iran, peut être associée à la lutte contre les pôles de l’islamisme radical. »[32]

Compter sur l’Iran pour liquider le salafisme armé et l’intégrisme djihadiste, c’est demander à l’incendiaire de faire le travail du pompier. C’est la recette de la guerre sans fin. Tant que l’Iran poursuivra son projet d’hégémonie dans le monde sunnite qu’il n’a aucune chance de mener à son terme, il alimentera la guerre entre musulmans. Les victimes collatérales seront les Européens, leurs minorités musulmanes et d’abord les malheureux chrétiens d’Orient. Ceux-ci ont l’infortune de se trouver au centre du redoutable héritage du 7ème siècle, le triangle jihad, dhimma, conflit sunnites-chiites.

Ils vont continuer de quitter les terres qui ont été le berceau de leur foi, à la différence des Juifs qui ont insolemment créé Israël. Mais dans un Islam incandescent et archaïsé par le projet révolutionnaire khomeyniste, des aventuriers trouveront toujours le moyen de lever des soldats d’Allah qui répandront la barbarie et la mort, dans les pays d’Afrique, d’Asie et d’Europe où coexistent de fortes populations musulmanes et non musulmanes.

 

[1]  Statut réservé aux Infidèles appartenant aux peuples du Livre (Juifs, chrétiens, zoroastriens) par la Tradition islamique. Il sera décrit par la suite.

[2] Voir La fabrique des terroristes,  Patrick Desbois et Nastasie Costel,  Fayard 2016

[3] L’église Saint-Pierre et Saint-Paul du Caire a été frappée par une bombe en pleine célébration de la messe, faisant 25 morts le 11 décembre dernier. Voir Égypte : attaque terroriste contre une église copte, Georges Malbrunot, Le Figaro, 12 déc. 2016

[4] Can Iraq’s Christians Finally Go Home? Mindy Belz, Wall Street Journal 27 Oct. 2016 http://www.wsj.com/articles/can-iraqs-christians-finally-go-home-1477610826

[5] Horacio Southgate, cité par Sébastien Courtois,  Le génocide oublié, Chrétiens d’Orient les derniers araméens ellipse, 2002 p. 22

[6] Sébastien Courtois, op. cit. p. 31-32

[7] Sébastien Courtois, op. cit. p. 33

[8] Les chrétiens d’Irak retrouvent leurs églises, Sylvain Tesson Le Figaro, 18 nov. 2016. Selon Patrick Kagan, « Pour la première fois, les chrétiens qui se sentent étrangers dans leur propre pays émigrent massivement et ceux qui restent envisagent désormais l’exil comme la seule condition de leur survie. Leur départ précède celui d’une élite musulmane craignant le fanatisme totalitaire qui ne manquera pas de les prendre également pour cible. » Chrétiens d’Orient : la tragédie des derniers oubliés de l’histoire Figarovox, 15 août 2016

[9] Les chrétiens d’Orient en mode survie Jean-François Colosimo, Le Figaro, 18 nov. 2016

[10] The Future of World Religions: Population Growth Projections, 2010-2050 http://www.pewforum.org/2015/04/02/religious-projections-2010-2050/

[11]  Voir à l’adresse http://www.pewforum.org/2015/04/02/christians/pf_15-04-02_projectionstables63/ Les pays inclus dans cette zone sont : Algérie, Bahreïn, Égypte, Irak, Israël, Jordanie, Koweit, Liban, Libye, Maroc, Oman, Territoires palestiniens, Qatar, Arabie Saoudite, Soudan, Syrie, Tunisie, Émirats arabes unis, Sahara occidental, Yémen

[12] voir les projections démographiques pour ce pays à l’adresse : http://www.worldometers.info/world-population/south-sudan-population/

[13] L’origine des données est à l’adresse : https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/rankorder/2119rank.html

[14] Le Calabrais Giovanni Galeni , devenu galérien après sa capture en Méditerranée recevra la charge de Kapudan pacha, c’est-à-dire d’amiral de la flotte turque. Alvise Gritti, fils d’un Doge de Venise deviendra chef des armées à la fin du 15ème siècle. L’administration ottomane était dirigée par des grands vizirs et des vizirs chrétiens convertis jusqu’au 17ème siècle. Voir Le divan d’Istambul, Alessandro  Barbero, Payot, 2013

[15] Les faits qui sont rapportés par la suite figurent dans la Tradition de l’islam. Ils sont décrits à partir de sources indirectes qui ,même quand elles sont croisées, ne permettent jamais de les considérer comme des vérités historiques indiscutables. Il s’agit davantage de récits qui font à peu près consensus parmi les théologiens musulmas. Ce qui nous intéresse ici, ce n’est pas la vérité historique, mais la nature des mythes qui sous-tendent les doctrines , les institutions et les règles de droit en vigueur dans l’Islam réel à différentes époques.

[16] Une épaisse biographie du Prophète, rédigée au 8ème siècle par Ibn IShaq a été perdue, mais au 9ème siècle Ibn Hichâm en rapporte l’essentiel dans son ouvrage Biographie du messager de Dieu, Muhammad ben `Abd Allah.

[17]  La traduction de la Sira de Ibn Hishâm par Wahib Atallah affirme qu’il s’en chargea de ses propres mains, tandis que celle d’Abdurrahmân Badawï dit qu’il les fit exécuter. Voir La vie du Prophète Muhammad, tome 2, p. 192, Abouraq 2001

[18] Voir Al Boukhari https://sunnah.com/bukhari/69  Narrated ‘Umar bin Al-Khattab: That the Messenger of Allah  said: « If I live – if Allah wills – I will expel the Jews and the Christians from the Arabian Peninsula. » ou encore Sahih Muslim » The Book of Jihad and Expedition (Kitab Al-Jihad wa’l-Siyar) It has been narrated by ‘Umar b. al-Khattib that he heard the Messenger of Allah (may peace be upon him) say: I will expel the Jews and Christians from the Arabian Peninsula and will not leave any but Muslim.

[19] Selon certain auteurs il ne s’agissait que d’un village tout proche de Médine

[20] Voir Philippe Aziz Mahomet, le glaive et la foi (570-632) Ramsay 1997 p. 292

[21]  Coran, sourate 9 verset 29 « Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui n’interdisent pas ce qu’Allah et Son messager ont interdit et qui ne professent pas la religion de la vérité, parmi ceux qui ont reçu le Livre, jusqu’à ce qu’ils versent la capitation par leurs propres mains, en état d’humiliation »

[22]  Voir The legacy of Jihad, Islamic Holy War and the Fate of Non-Muslims, Andew G. Bostom, Prometheus Books, 2008

[23] Voir Un acte honteux, Taner Akçam, Foglio 2012 p. 40

[24]  Millet signifie aussi bien « communauté religieuse » ou « nation ». Les non-musulmans de chaque millet étaient placés sous l’autorité d’un grand chef religieux nommé et rémunéré par le sultan, qui administrait la vie religieuse et la vie civile. Le plus souvent, il collectait aussi  l’impôt de capitation pour le compte du sultan.

[25] Comprendre le génocide des Arméniens de 1915 à nos jours, H.Bozarslan, V. Duclert et R. Kévorkien  Tallandier 2016 p. 199-200

[26]  Yves Ternon, Les Arméniens, histoire d’un génocide, Seuil, mai 1996, p. 33

[27] Gülnihal Bozkurt, Türkiye, p. 60-61, cité par Taner Akçam, op. cit. p.57

[28] Disponible à l’adresse http://mjp.univ-perp.fr/traites/1878berlin.htm

[29] Voir Les moines de Mar Gabriel ont perdu la bataille contre l’État turc par Delphine Nerbollier, La Croix, 11 juill.2012 http://www.la-croix.com/Religion/S-informer/Actualite/Les-moines-de-Mar-Gabriel-ont-perdu-la-bataille-contre-l-Etat-turc-_NP_-2012-07-11-829955

[30] A l’exception peut-être d’Israël. Si les chrétiens arabes sont au nombre de 160.000 environ, de nombreux chrétiens se seraient joints aux alya russe et d’Europe centrale des années 90. Certains évaluent leur effectif total à 300.000, équivalent au nombre de chrétiens d’Irak aujourd’hui.

[31]  chez L’Artilleur, nov. 2016

[32] Alexandre Del Valle, op. cit. p. 521


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