A propos de l'auteur

Les Trois Maisons – Histoire spirituelle d’Israël.

Livre publié aux Editions Elkana Jerusalem- prix 12 euros, 50 nis.

 

 

 

Le Docteur Benjamin Duvshani est né en 1930, rue des prophètes à Jérusalem dans une famille de Hassidim venue d’Ukraine à Hebron vers 1820. Formé par son père, savant orthodoxe mais libéral, il fait, à 17 ans une guerre d’Indépendance héroïque dans la défense du Goush Etsion où son frère est tué et lui est fait prisonnier. Après plusieurs mois de prison en Jordanie, il est libéré et décide d’aller à Paris poursuivre ses études de médecine. Il y reste et a 6 enfants. D’abord médecin, il se consacre ensuite au judaïsme. Circonciseur, cantor puis professeur, il enseigne un judaïsme exigeant dans l’étude, mais libéral dans la pratique.

Le Docteur Benjamin Duvshani est bien connu de la communauté juive en France pour ses émissions à la radio sur le judaïsme : « Judaïsme au présent », ses cours et conférences, et ses émissions sur la musique classique. C’est un brillant orateur mais il a très peu écrit. C’est pourquoi le petit livre qu’il vient de publier «  Les Trois Maisons. Histoire spirituelle d’Israël », présente un intérêt exceptionnel car dans un style simple et vivant, il éclaire toute l’histoire compliquée du peuple juif à partir de sa spiritualité, et la rend passionnante comme seul le conteur qu’il est, peut le faire. Dans la dernière partie de son livre, la troisième maison, il essaie d’imaginer quelle spiritualité, basée sur la tradition, pourrait vraiment unir le peuple juif en Israël. Il a l’intention de développer ce sujet dans son prochain livre.

Pour Menora-Info, il a accepté de nous faire une introduction à son livre.

Max Benhamou

 

 

Introduction au livre « Les trois maisons »

Ma première intention en abordant l’écriture de ce livre fut de présenter la crise du judaïsme qui concerne la majorité des Juifs devenus non-croyants et non-pratiquants et les moyens d’y remédier.

C’est en avançant dans l’écriture que l’idée m’est venue de faire précéder le sujet par l’histoire spirituelle depuis le début, c’est-à-dire, depuis Abraham l’hébreu.

Les deux premières parties, l’hébraïsme et le Judaïsme rabbinique, ne posent pas de problème puisqu’elles racontent les faits historiques et leur évolution. C’est la troisième partie, celle qui traite de notre présent et de notre futur qui en pose. Quel judaïsme pour nous, aujourd’hui, et quel judaïsme pour Israël dans l’avenir proche et lointain.

Tout commence avec l’expulsion des Juifs d’Espagne et la constitution en Palestine d’une ville juive, Tsfath (Safed), avec ses 30.000 habitants et l’instauration de deux fêtes par le Ari, fêtes à connotation messianiques. ‘Tou bichva’t et le Seder qui rappelle le Seder de Pesa’h et Yom Kippour Qa’tan, retour en force de la néoménie dans la pratique juive. Nous sommes au 16ème siècle. Dès le 17ème siècle, deux événements vont renforcer le sentiment de renouveau. Le faux-messianisme de Chabetaï Tsvi qui, malgré son échec, fait naître l’envi de la fin de l’exil dans les cœurs juifs et, surtout, l’apparition de Baroukh Spinoza avec la mise en question de la divinité du texte de la Torah. Le premier va jouer un rôle dans le début du ‘Hasidisme et de l’immigration en Palestine des ‘Hasidim et des Mithnagdim dès le début du 18ème siècle et le deuxième, dans le début de la déjudaïsation du peuple juif.

Spinoza, les Lumières, l’émancipation et la critique biblique sont les quatre éléments déterminants dans ce processus de déjudaïsation. L’antisémitisme, par contre, va jouer un rôle essentiel dans le retour des Juifs vers eux-mêmes mais pas vers leur spiritualité. Le retour va être pensé comme un retour vers la nation juive et non vers la communauté religieuse d’Israël qui caractérisait la vie juive pendant de longs siècles. L’idée du retour vers la Palestine pour y constituer une nation comme les autres, le sionisme, va créer une nouveauté, le peuple d’Israël comme une entité qui n’est pas défini par la religion, ni en tant que foi et ni en tant que pratique. La réussite du sionisme par la création de l’Etat d’Israël va poser le problème du sens d’une nation juive sans spiritualité. Comme corollaire, on peut dire que cela réveille la problématique générale de l’humanité sans spiritualité. La troisième partie du livre, nommée « L’Israélisme ou le retour à l’hébraïsme », essaie de trouver une solution à ce problème.

Quand on parle de spiritualité, il faut avoir à l’esprit quatre possibilités : l’agnosticisme, le théisme, l’athéisme et le déisme. Je peux d’emblée éliminer la première. L’agnostique refuse de s’intéresser à la question. Le théiste croit en un Dieu créateur, révélé, c’est-à-dire, qui parle aux hommes et qui intervient dans la vie de l’humanité d’une façon permanente. L’athée, lui, ne croit en aucune de ces données. Le déiste croit en un Dieu Créateur. Il a créé l’homme intelligent, parlant et libre, trois qualités qui permettent à l’homme de continuer l’œuvre créatrice de Dieu sans Son intervention.

Si on étudie le peuple juif d’aujourd’hui, on constate un refus par la grande majorité des Juifs du théisme. L’athéisme est refusé de la même manière, comme si Dieu avait intégré l’ADN du Juif qui ne peut pas imaginer le monde sans Dieu. La tradition millénaire des relations avec le transcendant fait que même l’athée juif est imprégné de coutumes et de manière de vivre qui le rattache à Dieu. Toute sa culture juive qu’il refuse d’abandonner est imprégnée d’une présence transcendante, qu’il le veuille ou non. On croit en Dieu mais on refuse le théisme.

Il en découle que la grande majorité des Juifs sont des déistes, qu’ils en soient conscients ou non. Ils doivent penser : oui, Dieu existe. Oui, Dieu est le Créateur de la nature en tant que Elohim et de l’homme libre en tant que YHWH. Il reste à résoudre le problème de la nécessité de  son service et les modalités de ce service.

Le monde sans Dieu est un monde sans père. Depuis Abraham et Sarah, le judaïsme est patriarcal-matriarcal et n’envisage pas le monde autrement. Nous ne savons pas vivre avec la mère sans le père.

Tous les Juifs et depuis toujours, croient en la trilogie amour –rigueur – équilibre. Dans leur immense majorité, ils continuent de croire à l’amour, ce qui est prouvé par l’immense majorité qui déclare croire en Dieu, mais ne croient plus que la rigueur provient d’un ordre divin. Puisque l’amour ne peut se vivre sans la rigueur, ils doivent l’inventer eux-mêmes et ne peuvent le faire qu’en tenant compte de la tradition tout en étant modernes et apporter les innovations que la modernité exige. C’est à ce niveau-là que le déisme est énigmatique. Beaucoup d’innovations pour lesquelles il n’y a pas de réponse unique. On s’achemine vers un judaïsme multiple, comme au temps du deuxième Temple. Enigmatique, en hébreu, est ‘Hidati, la contraction de ‘hi(loni) et dati, laïc et religieux, la définition même du déisme où il y a un face à face entre la part de Dieu et la part de l’homme. Enigmatique aussi car on ne peut pas savoir quand sera trouvé l’équilibre.

Ce sont là les problèmes posés par la troisième partie du livre qui ne peut qu’offrir des suggestions sur la manière de les penser sans, encore, donner des solutions définitives.

Benjamin Duvshani

 


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