A propos de l'auteur
Pascale ZONSZAIN, rédactrice en chef de Menora.info, journaliste. Couvre l’actualité d’Israël et du Proche-Orient pour les médias de langue française. Auteur de nombreux reportages et enquêtes sur les sociétés israélienne et palestinienne.

Israël a évolué d’un Etat-providence de type social-démocrate à un système plus libéral, sans pour autant renoncer à certaines de ses caractéristiques historiques et identitaires, comme le tissu associatif.

Le régime public

Inspiré du modèle britannique, le système israélien de protection sociale des débuts de l’Etat était en priorité axé sur l’immigration et l’intégration. La Caisse Nationale d’Assurance d’Israël (“Bituah’ Leumi”), créée en 1954, veille à répartir de façon égalitaire la distribution des ressources, en particulier pour la maternité, la vieillesse et les accidents du travail. Au cours de la décennie suivante, le régime de l’Assurance Nationale s’élargit aux allocations familiales, à l’assurance chômage, aux pensions d’invalidité, et aux programmes de soutien de revenu minimum. Une approche plus libérale commence à la fin des années 70 avec l’arrivée de la droite au pouvoir, qui marque la fin de l’expansion de l’Etat-providence. Si les dépenses publiques restent importantes, le flux des transferts sociaux se réduit, accroissant les inégalités.

La politique sociale est définie par le ministère des Affaires sociales. Elle est mise en œuvre par les services sociaux des collectivités locales, dont les travailleurs sociaux sont le lien entre la population et l’Etat. Le système de sécurité sociale israélien vise à protéger contre toute perte de revenu résultant d’imprévus ou de développements (accidents, maladie, invalidité, chômage, naissances, enfants à charge, etc.). Il assure aussi un revenu minimum de subsistance destiné à couvrir les besoins essentiels de protection sociale pour les personnes ou les familles sans revenu de façon temporaire ou permanente. C’est la Caisse Nationale d’Assurance d’Israël qui est le principal organisme chargé d’appliquer les dispositions en matière de cotisations et d’allocations, aides et services divers.

Le régime israélien comporte aussi des caractéristiques propres aux pays de la région, où les composantes sociales et démographiques jouent un rôle important. Or, les facteurs de pauvreté sont aussi d’ordre sociologique, quand certains secteurs de la population restent à l’écart du marché du travail par enfermement culturel ou sectoriel. C’est le cas de la population arabe israélienne et de la population harédite.

On assiste en outre à un phénomène de délégation des services de l’Etat vers des organismes civils, de type association (voir paragraphe suivant).

L’Etat a privilégié depuis quelques années une politique d’encouragement à l’emploi et au développement économique au détriment du soutien social. Mais cela creuse les inégalités, dans la mesure où l’économie se modifie et que ses outils de production changent. L’OCDE pointe les disparités de qualifications comme l’un des problèmes majeurs qu’Israël doit régler pour lutter contre la pauvreté et les inégalités. Son système de formation professionnelle doit être amélioré pour répondre aux besoins des actifs dont les compétences ne correspondent plus ou pas suffisamment à la demande du marché.

Le troisième secteur

Le système associatif israélien est l’un des plus actifs au monde et l’un des plus importants, proportionnellement à la population. On recense plus de 40 000 associations enregistrées à l’Office des Entreprises, même si un peu plus de la moitié d’entre elles ne sont pas actives. Au cœur de ce système, 15% sont dédiées au domaine social. En 2017, elles représentaient 28% des dépenses sociales du pays. Selon le Bureau Central des Statistiques, les bénévoles engagés dans les organisations sociales étaient 114 000 en 2017, soit 33% de l’ensemble des volontaires. C’est aussi en Israël que l’on compte l’un des personnels salariés par des associations les plus importants au monde. Ils étaient 24 000 en 2013 (source : Taub Center). En 2013, la part de ces associations dans le PIB était de 7,1%, juste derrière le Canada et devant les Etats-Unis et l’Europe. Des chiffres en hausse constante depuis dix ans.

Nombre de ces associations jouent un rôle de prestataire extérieur, de sous-traitant des institutions étatiques que sont le ministère du Travail et des Affaires sociales et les services sociaux. Elles fournissent également des services spécifiques, en rapport avec leur mission. Il y a plusieurs causes à leur expansion. Historiques d’abord : dans la période pré-étatique, le tissu associatif a été le prélude aux institutions publiques mises en place après l’indépendance. Il existe aussi une forte tradition d’entraide dans le judaïsme, marquée en particulier par le devoir d’assistance caritative aux plus faibles et aux plus démunis, que les communautés prenaient en charge dans le cadre de soupes populaires, les “Bateh Tamh’ouï” et les “Gmilout H’assadim” (ou “Gmah‘”), c’est-à-dire les œuvres de bienfaisance, qui proposent des prêts sans intérêt ou des prestations en nature. Raisons conjoncturelles ensuite : en Israël, comme dans d’autres pays, l’Etat a entrepris au cours des dernières décennies de réduire ses prestations sociales et donc de déléguer une partie de ses activités aux associations.

Cela contribue à renforcer le poids et l’influence de la société civile des associations, organismes d’utilité publique et fondations, bien que les plus importantes dépendent encore largement de l’Etat, dont elles sont prestataires extérieurs et qui bénéficient donc d’un large financement public. Leur domaine d’activité vise principalement l’enfance et la jeunesse, les personnes âgées et les handicapés. Les associations qui font de la vente de services, en particulier vers les séniors, sont les plus professionnalisées, avec 33% de salariés. Les autres, qui s’adressent aux familles ou aux adultes actifs en situation de précarité, s’appuient essentiellement sur les dons pour financer leurs activités et aux bénévoles pour les effectuer.

Si le système associatif, appelé aussi troisième secteur, est censé compléter ou se substituer au rôle de l’Etat à l’égard des populations défavorisées, il reproduit lui aussi dans une certaine mesure les disparités préexistantes de la société israélienne et son sectorialisme. Ainsi, 23% des organismes d’aide sociale et 30% des dons concernent le secteur harédi (ultra-orthodoxe), qui ne représente que 12% de la population nationale. Parallèlement, le secteur arabe ne bénéficie que de 7% de l’activité associative et 2% des dons, alors qu’il représente plus de 20% de la population (source : Taub Center). Ce sont d’ailleurs ces deux secteurs qui enregistrent le plus grand nombre de créations d’associations depuis ces 15 dernières années.

Ces constats, associés à la nature hybride de la politique sociale d’Israël, mélange de social-démocratie, de néo-libéralisme et de sectorialisme, devraient encore renforcer le rôle et l’influence de la société civile. Avec le risque de fixer les disparités sociales au lieu de les estomper, chaque organisation agissant souvent en priorité pour la population qu’elle sert.


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